» dans les bras du papas. Une paix éternelle est jurée entre les deux phars,» l’offenseur donne un splendide repas, et l’offensé lui remet une partie,» souvent le tout de la Krvina. »
On comprend que chez un peuple aussi belliqueux, les maisons soient gar-nies de meurtrières, parfois flanquées de tours crénelées, et juchées surdes monticules où l’on n'arrive que par des escaliers et des échelles. L’étatde guerre est presque permanent; quand la vendetta manque, on saisit lamoindre occasion d’attaque et de brigandage ( tcheta .)
« Un riche qui ne croit pas l’être assez, se proclame boulouk-bachi (capitaine) et enrôle les oisifs. Il a bientôt réuni une bandeenragée d’aventuriers qui devient sa famille d’adoption et l’ap-pelle son père. De sept à neuf francs par mois, voilà pour lasolde, la nourriture, l’habillement, l’armement et le campementde chacun. Ce n’est pas ruineux. Lepere adoptif, que ses armesplus splendides et son costume de brocart d’argent et d’or dis-tinguent seuls de ses enfants, entre en campagne. Alors com-mence une guerre de partisans, savante, pleine d’embuscadeset d’attaques soudaines. L’ennemi désigné, surpris de toutes lesmanières, est criblé de coups de fusil ajustés avec une sûretéde coup d’œil étonnante, qui lui viennent des ravins, de derrièreles arbres, de partout. On l’aborde à l’arme blanche, avec descris furieux : Aspra! aspra! I xilon, xilon, liai xilon! De l’argent!de l’argent! ou des coups, des coups, et des coups! Et l’on per-sifle au retour les malheureux qui n’ont pas trouvé à s’enrôler,et ont fait une tournée pacifique comme tailleurs, maçons oufaucheurs pour amasser l’argent de leur hiver.
L’Albanie est la terre des superstitions ; on y croit à tous les dieux età tous les génies « quels qu’ils soient et d'où qu’ils viennent, tous pouvant» être utiles. On a tant besoin de se sentir protégé ! » On vénère les sourceset l’on dépose des fleurs, des cailloux, des branches vertes, des poilsde sa moustache dans des niches disposées au-dessus des fontaines pour enchasser les vampires ; on fait bénir les balles par le prêtre, on demandedes talismans à l'uléma pour se garder du mauvais œil et de la rencontredes serpents. L’Albanie est le paradis des sorciers; ils viennent tous dudistrict Gagoré dans la chaîne du Pinde. « Esculape a remplacé Apollon surle sommet sacré. » Ces sorciers ont le monopole de la chirurgie : par leursprières cabalistiques et leurs onguents, ils prétendent guérir toutes lesplaies, leur principal remède est de recommander aux blessés l’usage exclu-sif de l’eau-de-vie « afin d’entretenir les chairs vives et d’éviter la gan-grène. »
« Enumérer les superstitions albanaises serait une œuvre dolongue haleine. Le prêtre maudit solennellement les insectesdes champs, conjure la grêle, éloigne les orages. Dangereux pou-