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pour Saint-Pétersbourg une seconde Perspective-Nevsky ; elle estcomme l’artère principale de la ville. Nous autres gens desrégions tempérées, chez qui, par les saisons les plus rigoureuses,les rivières charrient à peine, il nous est difficile de ne pas sentirune légère appréhension lorsque nous traversons en voiture ouen traîneau un fleuve immense dont les eaux profondes roulentsilencieuses sous un plancher de cristal qui pourrait se briser etse refermer sur vous comme une trappe anglaise. Mais bientôtl’air parfaitement tranquille des Russes vous rassure; il faudraitd’ailleurs des poids énormes pour faire céder cette couche deglace épaisse de deux ou trois pieds, et la neige qui la recouvrelui prête l’apparence d’une plaine. Rien ne distingue le fleuve dola terre ferme, si ce n’est çà et là, le long des quais, pareils àdes murs, quelques bateaux qui hivernent surpris par les froids.
» La Néva est une puissance à Saint-Pétersbourg ; on lui rendses honneurs et l’on bénit ses eaux en grande pompe. Cette céré-monie, que l’on appelle le Baptême de la Néva, a lieu le 6 jan-vier russe ; nous y avons assisté d’une fenêtre du palais d’Iliver,dont une gracieuse protection nous avait permis l’accès. Lesvastes salles du palais étaient remplies d’une affluence d’élite :les hauts dignitaires, les ministres, le corps diplomatique, lesgénéraux tout brodés d’or, tout étoilés de décorations allaient etvenaient entre les baies de soldats en grand uniforme, attendantque la cérémonie commençât. L’on célébra d’abord le servicedivin dans la chapelle du palais. De temps à autre, aux momentsprescrits, le prêtre, vieillard vénérable à longue barbe et à longscheveux, mitre comme un mage, vêtu d’une dalmatique roided’argent et cl’or, soutenu par deux acolytes, sortait du sanctuairedont les portes s’ouvraient, et récitait les formules sacrées d’unevoix sénile mais encore bien accentuée.
» Après la messe, le cortège se mit en marche et défila à tra-vers les salles du palais pour procéder au baptême ou plutôt àla bénédiction de la Néva; l’Empereur, les Grands-Ducs , enuniforme, le clergé avec ses chapes de brocart, d’or et d’ar-gent, ses beaux costumes sacerdotaux de coupe byzantine, lafoule diaprée des généraux et des grands-officiers traversantcette masse compacte de troupes alignées dans les salles, for-maient un spectacle aussi magnifique qu’imposant.
» Sur la Néva , en face du palais d’Hiver, tout près du quai,auquel une rampe couverte de tapis le rejoignait, on avait élevéun pavillon ou plutôt une chapelle avec de légères colonnes
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