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LECTURES ET ANALYSES DE GÉOGRAPHIE.
soutenant une coupole de treillis, peints en vert et d’où pendaitun Saint-Esprit entouré de rayons. Au milieu de la plate-forme,sous le dôme, s’ouvrait la bouche d’un puits entouré d’unebalustrade et communiquant avec l’eau de la Neva, dont onavait brise la glace à cet endroit. Une ligne de soldats largementespacés maintenaient l’espace libre sur le fleuve à une assezgrande distance autour de la chapelle ; ils restaient la tète nue,leur casque posédi côté d’eux, les pieds dans la neige, si parfai-tement immobiles qu’on eût pu les prendre pour des poteauxindicateurs.
« Sous les fenêtres même du palais piaffaient, contenus parleurs cavaliers, les chevaux des Circassiens, des Lesghines, desTcherkesses et des Kosaks, qui composent l’escorte de l’empereur :c’est une sensation étrange de voir, en pleine civilisation, ailleursqu’à l’Hippodrome ou à l’Opéra, des guerriers pareils à ceux dumoyen âge, avec le casque et la cotte de mailles, armés d’arcset de flèches ou vêtus à l’orientale, ayant pour selle des tapis dePerse, pour sabre un damas courbe historié de versets du Ivoranet tout prêts à figurer dans la cavalcade d’un émir ou d’unkhalife.
» Le cortège sortit du palais, et de notre fenêtre, à travers ladouble vitre, nous vîmes l’Empereur, les Grands-Ducs, les prê-tres entrer dans le pavillon, qui fut bientôt plein à ne saisirqu’avec peine les gestes des officiants sur l’orifice du puits. Lescanons rangés de l’autre côté du fleuve, sur le quai de la Bourse,tirèrent successivement à l’instant suprême. Une grosse boulede fumée bleuâtre, traversée d’un éclair, crevait entre le tapisde neige du fleuve et le ciel, d’un gris-blanc; puis la détonationfaisait trembler les carreaux des fenêtres.
» La cérémonie était terminée; les troupes défilèrent, et lescurieux se retirèrent paisiblement, sans embarras, sans tumulte,selon l’habitude de la foule russe, la plus tranquille de toutesles foules. » (Théophile Gautier, Voyage en Russie , chap. vm;nouv. édit., Paris, 1884, Charpentier .)