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LECTURES ET ANALYSES DE GÉOGRAPHIE.
Kremlin, comme de l’Alhambra , on jouit d’une vue admirable,d’un panovama dont l’œil surpris garde toujours l’éblouissement.
» Chose bizarre, le Kremlin vu du dehors a peut-être quelquechose de plus oriental que l’Albambra lui-même avec ses mas-sives tours rougeâtres dont rien ne trahit les magnificencesintimes. Au-dessus de la muraille à créneaux échancrés, entreles tours à toits ouvragés, semblent monter et descendre commedes bulles d’or étincelantes, des myriades de coupoles, de clo-chetons bulbeux aux reflets métalliques, aux brusques rehautsde lumière. La muraille, blanche comme une corbeille d’argent,enserre ce bouquet de fleurs dorées et l’on a la sensation d’avoirdevant soi, en réalité, une de ces villes féeriques, telles qu’enbâtit prodigieusement l’imagination des conteurs arabes, unecristallisation architecturale des Mille et une Nuits. Et quandl’hiver saupoudre de son mica diamanté ces édifices étrangescomme le rêve, on se croirait vraiment transporté dans uneautre planète, car rien de pareil n’a jamais frappé votre regard.
» En débouchant de la porte Spasskoï, on se trouve surl’Esplanade.du Kremlin, au milieu du plus splendide entas-sement de palais, d’églises, de monastères.que l’imaginationpuisse rêver. Cela ne se rapporte à aucun style connu. Ce n’estpas grec, ce n’est pas byzantin, ce n’est pas gothique, ce n’estpas arabe, ce n’est pas., chinois; c’est russe, c’est moscovite .Jamais architecture plus libre, plus originale, plus insoucieusedes règles, plus romantique, en un mot, ne réalisa ses capricesavec une telle fantaisie.
» En contre-bas de cette esplanade, où se groupent les prin-cipaux édifices du Kremlin et qui forme le plateau de la colline,serpente, suivant les anfractuosités du terrain, le rempart doubléde son chemin de ronde et flanqué de tours d’une variété infinie,les unes rondes, les autres carrées, celles-ci sveltes comme desminarets, celles-là massives comme des bastions, avec des colle-rettes de mâchicoulis, des étages en retraite, des toits à panscoupés, des galeries à jour, des lanternons, des flèches, desécailles, des côtelures, toutes les manières imaginables décoifferune tour. Les créneaux découpant profondément la muraille,entaillés à leur sommet d’un cran pareil à la coche d’une flèche,sont alternativement pleins ou percés d’une barbacane. Nousignorons au point de vue stratégique la valeur de cette défense,mais, au point de vue de la poésie, elle satisfait pleinementl’imagination et donne l’idée d’une citadelle formidable.