Tro'ilsa renferme d’innombrables édifices, des cellules, des monumentscommémoratifs, des tombeaux et quatorze églises. Celle de la Trinité(Tro'ilsa), décorée de fresques et d'icones qui sollicitent la piété enthou-siaste des pèlerins, contient le tombeau vénéré du fondateur du monastèreSaint-Serge, le saint populaire de la Russie nouvelle, le héros de la guerresainte.
« Les icônes présentent plus d’intérêt que les peintures de lamuraille. Naturellement, on ne voit des personnages divinsque le visage, les mains et les pieds. Les vêtements sont figu-rés par des lames de métaux précieux. Toute l’iconostase res-plendit comme une muraille d’or et d’argent. Autour des têtes deDieu , du Christ, de la Vierge et des saints, on a placé des auréolesd’or, sur lesquelles on a incrusté des perles, des diamants, desémeraudes, des rubis, des saphirs. Les perles sont tellement ser-rées sur les vêtements ou les couronnes qu’elles forment commeun tissu, comme une cotte de mailles continue. Quelquefois, onn’a plus trouvé place ni sur les vêtements, ni sur l’auréole pourincruster de nouveaux joyaux; alors on a pendu au cou des per-sonnages divins des espèces de hausse-cols d’or qu’on a recom-mencé à cribler de perles, de diamants et de pierreries. Toutepeinture paraîtrait sombre dans cet éblouissant encadrement;mais ces visages raides et impassibles, ces visages de bois dessaints russes, noircis par le temps, brûlés par la chaleur descierges, n’ont plus rien d’humain; ils semblent vous regarderdu fond d’épaisses ténèbres, et des obscurités de l’infini. Ce n’estpas de la peinture qu’on a devant soi, mais des idoles, des talis-mans qui doivent avoir, indépendamment de ce qu’elles peuventreprésenter, une vertu intrinsèque, des propriétés magiques.
» Si l’image de saint Serge pouvait donner la victoire, quellesvertus ne devait-il pas posséder lui-même ! Le corps de saintSerge repose contre le mur méridional de l’église, dans un cer-cueil d’argent massif qui lui fut donné par Ivan le Terrible . Iln’est pas caché dans un sépulcre, mais exposé à la vue de touscomme sur un autel, au milieu de la splendeur des cierges etdes lampes innombrables, au milieu du ruissellement lumineuxdes icônes d’or et dos pierres précieuses, des fulgurations de dia-mants aux feux rouges, verts ou bleus. Son cercueil est ouvert :on peut toucher du doigt ses ossements sous ses vêtements sacer-dotaux ; son crâne n’est caché aux yeux des croyants que par latiare d’igoumène; le couvercle d’argent du tombeau avec l’imagedu saint vêtue d’argent, de diamants et de pierreries, est appuyé
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LANIER. — EUROPE.