786 LECTURES ET ANALYSES DE GÉOGRAPHIE.
rihle, elles rappellent ces temps de richesses et de misères où lespopulations ruinées par les invasions tartares en revenaient aucannibalisme primitif, mais où les princes russes , après la prised’un campement de Khans ou de Moursas, mesuraient au boisseaules perles et les pierreries trouvées dans le butin. Il y a là unetrentaine dechasubles, de nappes et de calices constellés de gemmeset de diamants. Une mitre donnée par l’impératrice Anna Iva-novna, est ornée d’un rubis estimé à lui seul 20 000 roubles.
» Les panagies, images de la Vierge ou des saints que lesarchimandrites portaient sur la poitrine, suspendues à des chaî-nes d’or, ont une valeur artistique supérieure au prix des maté-riaux. Il y aurait là de précieux modèles pour les artistes d’Occi-dent : l’agate, les émaux, se combinent avec les diamants et lespierreries pour nous offrir des images du Sauveur, de la Viergeet des tsarines qui furent les bienfaitrices du couvent. Dans unautre endroit, les coupes d’argent ciselé et repoussé, les aiguièresenrichies de pierres précieuses, les plats d’or, les grands hanapsde formes étranges dont les tsars comblaient les archimandritesde Troïtsa et qui, dans les grandes solennités resplendissaientsur la table presque royale, où s’asseyaient les boïars, les princeset les tsars.
» La ritsina renferme d’autres trésors : des évangiles grecs dudouzième et du treizième siècle, apportés sans doute à Troïtsapar ces moines byzantins qui venaient demander l'aumône pourla pauvre Grèce à l’opulente Moscovie. D’autres, en langue sla-vonne, sont des présents des tsars : l’une d’elles porte le nomdu tsar Simeon le Superbe. Enfin j’aperçois dans un coin de pré-cieuses reliques des gloires militaires du couvent : un petitcanon, un tas de chausse-trappes dans les pointes desquellesa dû s’enferrer plus d’une fois la cavalerie tatare , un assorti-ment de boulets, de biscaïens et de mitraille. Le père sacristainest tout fier de me montrer cette ferraille...
» J’ai voulu revoir, à l’office du soir, l’église et le tombeau dubienheureux. Une foule de paysans et de marchands qui eux-mèmes, à Saint-Serge, ne sont qu’une variété de paysans,encombrent la petite église. Pour ce public peu nombreux etpeu mêlé, le couvent avait fait largement les choses : une mul-titude de cierges et de lampes-se reflétaient sur les surfaces lui-santes de l’iconostase d’argent,-sur les piliers d’argent du tom-beau et allumaient des feux aux auréoles des saints et à leurscolliers d’orfèvrerie. Les rangs inférieurs de l’iconostase resplcn-