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L' Europe (sans la France) : choix de lectures de géographie accompagnées de résumés, d'analyses, de notices historiques, de notes explicatives et bibliographiques / L. Lanier
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802 LECTURES ET ANALYSES DE GÉOGRAPHIE.

assourdissant de gens qui crient, qui appellent, qui chantent.Les chiens aboient, les chevaux hennissent. Les traîneaux n’a-vancent qu’à grand’peine à travers cette cohue, malgré les im-précations de leurs conducteurs. On boit du wodka à profusion,on tire des coups de fusil, on se reconnaît, on s’embrasse. C’estune fête et, malgré la fatigue, malgré le travail du lendemain,on passe la nuit à table,

» A peine l’aurore a-t-elle paru, que sur le rivage, bêtes etgens sont rangés attendant avec anxiété le signal de l’hetmann.Ce dernier semble se jouer de leur impatience; il va, il vient, ilsemble s’occuper de toute autre chose que de ce qui esten question;il donne enfin le signal. Une avalanche de corps humains se pré-cipite alors vers le fleuve. Chacun n’occupe pas toujours laplace qu’il a choisie. Sur un terrain aussi glissant, les rixesse terminent bien vite par des chutes. Tout le monde finitcependant par se caser. C’est alors qu’arrivent les spécula-teurs. Leurs valets établissent sur le fleuve même des huttes depeau. Ils apprêtent les tonneaux où doivent être renfermés lecaviar et le sel dont on doit couvrir le poisson. Sur la rive sontles tentes où le poisson doit être fumé. Pendant ces préparatifs,les pêcheurs ont fait les leurs. La glace est percée de milletrous de deux à trois pieds de diamètre. Les perches y sont plon-gées. Le fleuve, qui retentissait tout à l’heure de cris si bruyantsest calme maintenant. Chaque pêcheur, la main sur la perche,attend silencieusement que le poisson, troublé par ce bruit sou-dain, vienne donner du museau sur l’épieu immobile. Alors, ilrelèvera aussi lestement que possible l'instrument dont le crochetacéré pénétrera dans les chairs de l’animal si le coup a été biencalculé. Tout à coup, au milieu du silence général, on entendune exclamation de joie. Un pêcheur tire violemment à lui laperche dont le manche frémit dans ses mains. L’aide arrive etengage un des épieux recourbés dans le corps de la proie ; ilstirent à eux, et l’on entrevoit le corps gigantesque d’un estur-geon qu’ils amènent à grand’peine sur la glace. Parfois aussila perche reçoit un coup sec : plein d’espoir, le cœur palpitant, lepêcheur ferre habilement la proie qui vient de se trahir, et c’estquelque bélouga en bas âge, quelque alose maladive qu’ilachève, qu’il jette dédaigneusement aux chiens au milieu des riresdes camarades. D’audacieux industriels achètent parfois le coup,bien avant que le poisson ne soit accroché.

» Peu à peu la pêche s’anime, la glace craque sous les pas