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l’égoutter, puis on le foule légèrement dans de petits barils debois blanc, que l’on bouche avec soin. On prépare ainsi du ca-viar salé pour être exporté, et du caviar frais, qui doit êtremangé dans un assez court délai. La chair du poisson est ensuiteportée dans un de ces grands magasins qu’on peut appeler desglacières. On la tient plongée dans la saumure pendant douzeheures, puis elle est salée et transportée en bateau dans la Russie centrale. Il ne faut pas oublier un produit qui augmente le com-merce des pêcheries ; c’est la colle de poisson faite avec les ves-sies et les vésigas.
» La pèche d’hiver est, sans contredit, la plus curieuse etla plus originale de toutes. Il arrive un moment où le poisson estforcé, par le froid, de quitter les bas-fonds pour se réfugier dansdes eaux plus profondes. Les pêcheurs prennent grand soin doremarquer ces endroits. Vers la fin de novembre, quandle fleuve se couvre en partie d’une mince couche de glace, lespêcheurs s’avancent un à un, avec précaution, presque en ram-pant, jusqu’aux lieux où le courant a empêché la glace de pren-dre; la tête enveloppée d’une étofTe sombre, ils observent lepoisson, ses passes, les endroits où il se tient tranquille, et ilsprennent note du tout pour en faire leur profit en temps opportun.
» La pêche d’hiver ne commence réellement qu’en janvier,alors que la glace est bien prise, et que les traîneaux glissentsans danger sur le Volga . Un chef est nommé : c’est l’hetmande la pêche; c’est lui qui fixe le jour et l’heure; c’est lui quiaccorde les permissions, qui inspecte les engins. Il a autoritéentière sur tout ce qui se rapporte à la pêche. Les officiers ontdroit à plusieurs permis qu’ils vendent, ou dont ils profitent eux-mêmes en louant des travailleurs. Parfois, deux pêcheurs, troppauvres pour avoir chacun un permis, se cotisent pour en acheterun seul, et pèchent au même trou. Les instruments sont fortrudimentaires ; ils consistent en perches de bois armées d’un ferrecourbé, en bétons courts également munis de crochets poursaisir le poisson lorsqu’il se débat au bout de la perche, et, enfin,en pioches, leviers et pelles pour briser et détourner la glace.
» La veille de l’ouverture, on voit s’agglomérer sur les rivesdu fleuve un concours de monde incroyable, les pêcheurs, avecleurs aides, leurs familles, les marchands qui arrivent de touscôtés et qui établissent là une sorte de foire, les spéculateurs quiviennent acheter le poisson. Tous amènent leurs traîneaux, leursbêtes de somme; tous campent sur la rive. C’est un vacarme