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L' Europe (sans la France) : choix de lectures de géographie accompagnées de résumés, d'analyses, de notices historiques, de notes explicatives et bibliographiques / L. Lanier
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GRÈCE . 823

dans la langue et les monuments, et Iléraclius effaça dans les titres et lesmonnaies de Byzance les dernières traces de la réaction latine.

Pendant les invasions du moyen âge, la Grèce proprement dite, assailliepar terre et par mer, souffrit des ravages terribles : Goths et Huns , Avares,Bulgares et Slaves, Vandales et Sarrasins y portèrent tour à tour durantsix siècles, la terreur, la peste et la ruine. Les Grecs épuisés et énervéspar la servitude, écrasés sou3 le nombre, se résignaient à toutes les oppres-sions. Les invasions slaves furent si fréquentes et leurs établissements sinombreux, (pie la Grèce parut un instant à jamais slavisée, mais lesfemmes grecques, en conservant pieusement l’usage de la langue maternelle,dans l'éducation de leurs enfants, contribuèrent à sauver la nationalitégrecque. — An douzième siècle, les croisés passèrent sur la Grèce et conti-nuèrent en politique l’œuvre de décomposition. Les chefs normands, leschevaliers français et italiens, les fondateurs de l’empire latin de Constan-tinople introduisirent en Grèce le régime féodal, et morcelèrent le territoire,pour se partager des fiefs. Il y eut un duché d’Athènes , une principautéd'Achaîe, un duché de Morée, une seigneurie de Négrepont , un comté deCéphalonie. etc., les Serbes et les Albanais occupaient le nord; les Véni-tiens se faisaient céder les lies de l’Archipel et les ports principaux de laMorée j le nom de Grèce était partout effacé.

Apres les Latins, vinrent les Turcs. Bajazet pénétra le premier en Grèce ;Achmet lit enleva la Morée aux Vénitiens qui la reconquirent en 1686 sonsla conduite de Morosini, et la gardèrent seulement jusqu'en 1718 (paix del’assarovitz) ; Mahomet U entra dans Constantinople et détruisit l’empireGrec. L'Hellénisme, chassé du sol grec, chercha un refuge dans les nationsde l’Occident. Les savants grecs du quinzième siècle, Gemislos, Bessarion ,Lascaris, Argyropoulo, Chalcondyle , etc., emportant avec eux les manuscritsdes grands auteurs de l’antiquité, firent renaître en Italie et en France la civilisation grecque expatriée. Cette émigration forcée ranima en Occident l’étude des lettres grecques, et la France en particulier leur dut l’éclat desa renaissance poétique et littéraire, bu même temps datent les sym-pathies de plus en plus marquées de l’Europe pour le peuple illustré etmalheureux qu’opprimaient les Ottomans . Les Grecs n avaient pas touscherché dans l’exil un refuge contre les persécuteurs. Un grand nombreéchappaient aux vainqueurs sans quitter le sol natal. Cachés dans leursmontagnes sauvages et inaccessibles, tantôt bandits, et tantôt soldats, onles vil, pendant trois siècles, se rallier à quiconque faisait la guerre auxMusulmans; sous les noms de Klcpbtes, del’alikares ou Armatoles . ils com-battirent pour Venise , pour les Génois, pour les chevaliers de Malte. Maisles expéditions ouvertes, les embuscades, les complots et les ligues desgiaours furent sans résultat : la Porte les étouffa dans le sang.

Le réveil et l’émancipation de l’Hellénisme. — A la fin dudix-huitième siècle, la Grèce tourna scs regards vers la Russie , que lacommunauté de religion, et plus encore les projets des tsars sur Constan-tinople , désignaient comme la protectrice naturelle des Grecs asservis.Catherine II encouragea la descente de Féodor Orlof dans le Péloponèse en 1770; mais elle n’aboutit pas. La Porte refusa d’exécuter les clausesinsérées dans le traité de Koutchouk-Kaïnardji en faveur des Grecs ; maisle traité d’Iassy (1792) donna aux marins grecs le droit de naviguer libre-ment sous pavillon russe, et prépara le jour du grand réveil. Les maisonsgrecques, établies dans les grands ports ue la Méditerranée, développèrentleur commerce, agrandirent leur fortune et fondèrent ou améliorèrent lesécoles grecques qui devaient ranimer dans toute la péninsule et jusqu'au