824 LECTURES ET ANALYSES DE GÉOGRAPHIE.
sein de la capitale turque le sentiment éteint de la nationalité et de l'indé-pendance. La Révolution française seconda ce mouvement de liberté. Rhigasde Phères (Thessalie) composa à l’imitation de la Marseillaise , le chant deguerre de la Grèce , et forma le plan d'une révolution qu'approuvaitBonaparte : arrêté par les Autrichiens à Belgrade , il fut mis à mort eu 1798.L’année suivante, les îles Ioniennes s'émancipaient: la France, puis la Russie ,l’Angleterre en garantirent successivement l’autonomie sous leur protec-torat, jusqu’au jour où elles firent partie intégrante de la Grèce libre (1864).Les guerres entre les Turcs et les Grecs étaient permanentes. Les Chima-riotes et les Souliotes soutinrent une lutte acharnée et héroïque contre letvran de l’Epire, Ali-Pacha . Ce fut le prélude de l'insurrection générale.
En 1814, une société secrète,! ~ Métairie amieak, se forma à Odessa , surles plans de Rhigas. Elle embrassa bientôt toutes les villes grecques de l’Europeorientale, les provinces riveraines du Danube et le littoral hellénique del'Archipel . Les chefs de l’Hétairie, réunis à Tripolitza, réclamèrent ( appuide la Russie. Encouragé par le tsar Alexandre, le prince Ypsilanti , hospo-dar de Moldavie , souleva le peuple ; mais il fut vaincu et périt. La révolutionéclata en Morée; tous les Grecs prirent les armes; les grandes familles desiles offraient leurs millions aux patriotes. Les députés des villes se réuni-rent à Epidaure, sous la présidence de Mavrocoraato , proclamèrent l’indé-pendance de la Grèce et votèrent une constitution. L’héroïsme des combat-tants, les exploits merveilleux des marins d'IKdria et de Spetzia, sous lecommandement de iliaoulis et de Canaris, (es atrocités commises par lesTares à Chios et Ipsara, la dévastation de la Morée par le pacha d'Egypte ,ibrahim, l’admirable défense et la destruction de Missolonghi , émurent pro-fondément l'Europe, malgré l'abandon de la Russie et le désaveu de ladiplomatie dirigée par l'Autriche au congrès de Vérone. Les libéraux devin-rent partout philhellènes. La France fut la première à seconder l'émancipa-tion de la Grèce ; l'opinion publique se prononça avec enthousiasme pourles opprimés; poètes, artistes, soldats, capitalistes offrirent un généreuxconcours à l'œuvre d’affranchissement. Les peuples, en Suisse , en Angle-terre, en Allemagne manifestèrent leurs sympathies, et les gouvernementscédèrent à la fin à cette pression irrésistible, au moment où les Grecsépuisés dans une lutte inégale, après sept ans de résistance héroïque,allaient inévitablement succomber. La triple alliance signée à Londres entreia France, l’Angleterre et la Russie, pour la pacification de la Grèce , décidala reconnaissance de la nationalité hellénique; la destruction de la flotteturque à Navarin par l'attaque combinée des trois flottes alliées, et l’expé-dition française de 1828, qui chassa du Péloponése l'armée d'ibrahim, assu-rèrent le salut des Hellènes: la Grèce était désolée et ruinée, mais elleétait libre. Le traité d'Andrinople confirma son indépendance, en lui assi-gnant toutefois des frontières étroites ; la Porte conservait la Crète et lesdeux provinces les plus fertiles et les plus industrieuses, arrosées du sangdes Hellènes. « On gréait et lançait le navire, mais sans lui assurer desressources propres, et un lest suffisant d’intérêts conservateurs. »
Le royaume de Grèce. — L’assemblée nationale de Trézène en1827 avait nommé président de la confédération hellénique, pour sept ans,le comte Capodistrias ; mais dégrevés dissentiments éclatèrent et le présidentpérit assassiné en 1831. La couronne de Grèce déjà offerte en 1828 par lestrois puissances au prince Léopold de Saxe-Cobourg , plus tard roi des Bel-ges, qui l’avait refusée, fut proposée à Othon, second fils du roi de Bavière ,champion ardent de l'hellénisme plutôt que des Hellènes. Othon accepta letrône; il était mineur; il emmena avec lui un grand nombre de ses compa-