864 LECTURES ET ANALYSES DE GÉOGRAPHIE.
» tour soldat sur le champ de bataille, souverain magnifique d’un Etat qui» pouvait passer pour grand à cette époque, moine à Ripaille et pape suus» le nom de Félix V , mais sans perdre un seul instant de viièrles intérêts» et les agrandissements de sa dynastie. (Hudry-Menos.) Ce prince réunitses domaines épars et les augmenta du Genevois , du Uugey, de la Dresse,de Verceil et Mondovi. Les défaites et les pertes de Genève et de Vaud auseizième siècle, de la Bresse et du lîugev enlevés en 1601 par Henri IVtraité de Lyon), n’arrètèrent pas les progrès de la Savoie ; elle gagna lemarquisat rie Saluces , et en 1631 le Montferrat. — A la fin du siècle, le ducVictou-Amédée, « l’rotée » insaisissable, dunt le « cœur était couvert demontagnes comme son pays, » fut assez habile, quoique vaincu par Catinat ,pour ne rien perdre de ses Etats et obtenir de l’Europe le titre de roi(traité de Turin, 1696). Dans la guerre de succession d’Espagne , son rôlevis-à-vis de la France fut celui d'un traître; on l’en récompensa au traitéd’Utrecht par la cession d'Alexandrie , Valenza, Val Sesia, Oulx, I’ragelas,Castel Delfino, Barcelonnette, et de la Sicile qui fut plus tard (1718) échan-gée contre la Sardaigne. On pourrait appliquer à la maison de Savoie ladevise célèbre de la maison d’Autriche : Tu, felix Sabaudia, nube.« lîace féconde s'il en fut, elle a toujours eu en réserve des princesses» vives, alertes et spirituelles, rachetant par des qualités supérieures de» l'esprit et du cœur une certaine vulgarité dans les traits du visage,» ornements des cours et souvent gloires nationales des pays qu'elles» avaient adoptés. » Cette politique matrimoniale a été féconde en acqui-sitions territoriales et en alliances précieuses 1 .
Les agrandissements ne cessèrent plus : Charles-Emmanuel acquit Novare et Tortone (1733), Vigevano, Anghicra, les rives du lac Majeur (1742); ceprince comparait l’Italie à un « artichaut que les rois de Savoie sauraientmanger feuille à feuille. » La prophétie est aujourd'hui accomplie.
Lorsqu'éclata le mouvement révolutionnaire de 1848, Charles-Albert semit encore une fois à la tète de la ligue italienne; après des engagementsheureux, il fut vaincu à Custozza (1848) et à N'ovare (1819). Venise , héroï-quement défendue par Manin et I’epe, tint tète pendant dix-sept mois àl'armée autrichienne , derrière ses canaux et ses lagunes, et dut à la fincapituler. Au lendemain de celle seconde défaite, qui brisait les espérancesde lTtalie, Charles-Albert abdiqua, et son fils Victor-Emmanuel II prit lacouronne. L'Autriche lui laissait l’intégrité de son territoire et lui imposaitune contribution de guerre de 73 millions. Les souverains déchus furentencore une fois partout rétablis; l’armée française rouvrit à Die IX les portesde Home. La plupart oublièrent leurs promesses et déchirèrent les consti-tutions libérales promulguées en leur absence.
Le royaume d’Italie. — A cette réaction générale le roi de Pié-mont ne se mêla point. Il inaugura dans ses Etats un régime libéral, donnaau peuple une constitution modelée sur la Constitution française de 1830,et resta fidèle au pacte juré. M. de Cavour, économiste éminent, politique
1. Amédéo VIII maria sa fille Marie à Philippe-Marie Vissonti (1427); le duoLouis donna la sienne, Bonne de Savoie, à un Sforza ; Louise de Savoie , sœur duduc Philibert II, épousa le comte d’Angoulème et fut la mère de François I er ;Victor Amédée I er épousa, en 1619, Christine de France, fille de Henri IV ; Marie-Adélaïde de Savoie fnt duchesse de Bourgogne (1697), et sa sœur Louise, mariéeà Philippe V, roi d'Espagne; d’autres princesses de Savoie s'assirent sur lestrônes de France, do Portugal , d'Angleterre. En 1859, la princesse Glotilde, fillode Victor-Emmanuel, épousa le prince Jérôme Napoléon .