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L' Europe (sans la France) : choix de lectures de géographie accompagnées de résumés, d'analyses, de notices historiques, de notes explicatives et bibliographiques / L. Lanier
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890 LECTURES ET ANALYSES DE GÉOGRAPHIE.

beilles de bombyx dont on va vendre les cocons à Naples . Dansl’ile entière, il n’existe pas une seule magnanerie; l’élève desvers à soie ne serait donc qu’une sorte de distraction, si l’ex-trême pauvreté du pays ne tirait encore quelques ressourcesd’un si mince produit. Les ligues blanches de Capri sont presqueaussi célèbres que les figues de Smyrne ; mais la vraie productionde l’ile est la vigne, qui fournit un vin rouge et un vin blancrenommé parmi les crus italiens. Le vin rouge, légèrementsucré, développe un faible goût de framboise qui n’est pas dé-sagréable ; quant au vin blanc, plus sec et même quelque peuaigrelet, il a un goût de violette si accusé que les frelateursnapolitains l’imitent facilement en faisant infuser des racinesd’iris dans un vin blanc quelconque.

» Nul soin, nulle fatigue ne sont épargnés pour arracher à laterre tout ce qu’elle peut produire; néanmoins l’ile est insuffi-sante à nourrir ses habitants, elle leur donne à peine assezde blé pour la moitié de l’année : il faut aller chercher le sur-plus en terre ferme, à Sorrente, à Castellamare, à Naples .D’industrie il n’v en a pas. Les femmes font quelques ouvragesen fine sparterie, mais c’est si peu de chose qu’il est superflud’en parler. Les Capriotes vivent donc, comme les hommesprimitifs, de pêche et d’agriculture ; ils y ajoutent la chasseaux mois d’avril, de mai, de septembre et d’octobre, car leurîle est un lieu de repos dans le passage des cailles, des grives,des tourterelles, des becs-figues et des bécasses. Quand je suisarrivé, les cailles passaient ; depuis longues années on ne lesavait vues arriver en quantité pareille. On ne les chasse pas,on les prend au tîlet. Tout autour de l’ile, partout où il y aassez de terre pour ficher un pieu, on enfonce des mâtereaux dedistance en distance, entre lesquels on tend des filets à l’aided’une corde jouant dans une poulie, absolument comme on hisseune voile à bord d’un navire. Les cailles, par bandes innom-brables, arrivent en général une demi-heure avant le lever dujour ; elles s’abattent dans les filets, où elles sont ramassées parles chasseurs embusqués 1 . La moyenne de la récolte des

1. Le passage de ces cailles est parfois si abondant qu’on les vend 1 grain(4 centimes) la pièce sur le marché de Naples . — M. Yemeniz, dans un récit devoyage au Magne {Revue des Deux Mondes , 1 er mars 1865), signale un fait sem-blable : « Les Kakovouniotes ont. exercé de tout temps une industrie qui consti-» tue encore aujourd’hui leur principale ressource : la préparation des cailles» desséchées et marinées. L’extrémité du Magne est en effet un lieu de halte pour