Buch 
L' Europe (sans la France) : choix de lectures de géographie accompagnées de résumés, d'analyses, de notices historiques, de notes explicatives et bibliographiques / L. Lanier
Entstehung
Seite
904
JPEG-Download
 

904

LECTURES ET ANALYSES DE GÉOGRAPHIE.

» Les causes qui produisent cette cruelle misère des campagnessont nombreuses et senchaînent dune façon presque fatale.Elles découlent toutes du régime des latifundia, cest-à-dire dupetit nombre des propriétaires, de limmensité exagérée de leursdomaines, du manque presque complet de la moyenne et de lapetite propriété. A ceux-ci se joint labsentéisme général delaristocratie territoriale, qui vit dans les grandes villes, dansles anciennes capitales ou dans les villes somptueuses qui lesentourent, et, au lieu de soccuper du soin de ses propriétésrurales, évite de les visiter et en laisse le soin à ses intendants.Dans ces conditions, lunique souci du grand propriétaire est detirer un revenu fixe ses domaines sans avoir à sen occuperautrement que pour toucher la rente.

»... Ainsi sest formée cette classe des fattori ou mercanii dicampagna, qui prennent à bail, moyennant une redevance fixe,lexploitation des grands domaines et ont su simposer partoutcomme les intermédiaires indispensables entre le propriétaire etles paysans. Ils sont ce que la ferme générale était sous lan-cien régime entre lEtat et les contribuables, et de même ilssengraissent aux dépens des uns et des autres. On cite des in-tendants de propriétaires aristocratiques qui, à ce métier, sontdevenus rapidement millionnaires. Ce que rend la terre à sonpropriétaire, avec ce système dexploitants intermédiaires, ledomaine de Poliooro peut nous en faire juger. Avec sa superficiede 140 kilomètres carrés, cest à peine sil produit au prince deGérace296 000 francs par an. Même dans létat dimperfectionde la culture, administré directement, il donnerait un bien autrerevenu. Mais il faudrait pour cela secouer une paresse incurable,et savoir sarracher à la molle vio de Naples , pour aller passerune partie de lannée dans un pays dont le séjour paraîtrait, àun raffiné délégance mondaine, un exil au milieu des sauvages.

» Quant au paysan, ce nest le plus souvent quun simpleouvrier agricole, plongé dans la plus dure pauvreté, vivantau jour le jour, sans quun salaire trop minime lui permettedespérer même daméliorer sa condition par lépargne. Ou bienpar le fait attaché à la glèbe, ou bien habitué à une vie nomadequi exerce sur lui une influence démoralisante, cest à peine silpossède ses instruments de travail, et pour ainsi dire jamais ilnest propriétaire de la demeure insalubre et insuffisante quiloccupe, dans les bourgs infects. la longue insécurité du paysla forcé à sentasser. Les cmtadini de la majeure partie de lan-