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LECTURES ET ANALYSES DE GÉOGRAPHIE.
» Les causes qui produisent cette cruelle misère des campagnessont nombreuses et s’enchaînent d’une façon presque fatale.Elles découlent toutes du régime des latifundia, c’est-à-dire dupetit nombre des propriétaires, de l’immensité exagérée de leursdomaines, du manque presque complet de la moyenne et de lapetite propriété. A ceux-ci se joint l’absentéisme général del’aristocratie territoriale, qui vit dans les grandes villes, dansles anciennes capitales ou dans les villes somptueuses qui lesentourent, et, au lieu de s’occuper du soin de ses propriétésrurales, évite de les visiter et en laisse le soin à ses intendants.Dans ces conditions, l’unique souci du grand propriétaire est detirer un revenu fixe dè ses domaines sans avoir à s’en occuperautrement que pour toucher la rente.
»... Ainsi s’est formée cette classe des fattori ou mercanii dicampagna, qui prennent à bail, moyennant une redevance fixe,l’exploitation des grands domaines et ont su s’imposer partoutcomme les intermédiaires indispensables entre le propriétaire etles paysans. Ils sont là ce que la ferme générale était sous l’an-cien régime entre l’Etat et les contribuables, et de même ilss’engraissent aux dépens des uns et des autres. On cite des in-tendants de propriétaires aristocratiques qui, à ce métier, sontdevenus rapidement millionnaires. Ce que rend la terre à sonpropriétaire, avec ce système d’exploitants intermédiaires, ledomaine de Poliooro peut nous en faire juger. Avec sa superficiede 140 kilomètres carrés, c’est à peine s’il produit au prince deGérace296 000 francs par an. Même dans l’état d’imperfectionde la culture, administré directement, il donnerait un bien autrerevenu. Mais il faudrait pour cela secouer une paresse incurable,et savoir s’arracher à la molle vio de Naples , pour aller passerune partie de l’année dans un pays dont le séjour paraîtrait, àun raffiné d’élégance mondaine, un exil au milieu des sauvages.
» Quant au paysan, ce n’est le plus souvent qu’un simpleouvrier agricole, plongé dans la plus dure pauvreté, vivantau jour le jour, sans qu’un salaire trop minime lui permetted’espérer même d’améliorer sa condition par l’épargne. Ou bienpar le fait attaché à la glèbe, ou bien habitué à une vie nomadequi exerce sur lui une influence démoralisante, c’est à peine s’ilpossède ses instruments de travail, et pour ainsi dire jamais iln’est propriétaire de la demeure insalubre et insuffisante qu’iloccupe, dans les bourgs infects où. la longue insécurité du paysl’a forcé à s’entasser. Les cmtadini de la majeure partie de l’an-