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L' Europe (sans la France) : choix de lectures de géographie accompagnées de résumés, d'analyses, de notices historiques, de notes explicatives et bibliographiques / L. Lanier
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ITALIE .

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cien royaume de Naples habitent, à la façon de lOrient, des villesde plusieurs milliers dàmes, dont lagglomération assurait,dans une certaine mesure, une protection réciproque contre lesbrigands et les pirates. A part quelques maisons bourgeoises, lebourg est possédé tout entier par un grand propriétaire, en gé-néral celui dont les paysans cultivent les domaines. A son égardils sont des tenanciers sans bail fixe, sans garantie daucune,sorte, que la simple volonté du propriétaire ou de son intendantpeut, du jour au lendemain, expulser de leur demeure et jeterdehors sans feu ni lieu, sans travail et sans ressources... Lepaysan de ces contrées est donc toujours « lanimal farouche »dont parle la Bruyère, « noir, livide, tout brûlé du soleil, at-taché à la terre quil fouille et remue. » Cest de lui quon peutdire, s^ns exagération, quil se retire la nuit dans des tanières, il vit de pain noir, deau et déracinés . » ( Id ., ch. m.)

Dans ses récits, M. Lenormant 1 cite maint autre exemple de cette misèreprofonde et hideuse des Italiens du Sud. Voici un tableau daprès naturepris dans la vieille cité de Termoli , ville des Abruzzes , non loin de lem-bouchure du Tiferno, « la plus sale de la côte de lAdriatique . » « C'est» un dédale de petites ruelles au milieu de maisons croulantes, à demi-» ruinées depuis le sac par les Turcs en 1567, et de laspect le plus misé-» rable. Un fumier gluant et infect, que le soleil ne parvient point à sécher, y» couvre dune couche épaisse le pavé plein de trous et de fondrières.» Dans cette fange grouillent pèle-mèle des enfants déguenillés et à demi-» nus et un peuple de cochons noirs beaucoup plus nombreux que les» habitants de notre espèce. Nulle part, si ce nest dans quelques villages» de lIrlande , on ne voit pareille promiscuité dexistence entre les humains» et les porcs. Ici sur le pas dune porte, une vieille femme est assise,» avec une énorme truie couchée à ses pieds ; la bête sommeille volup-» tueusement, le ventre au soleil, le dos dans les ordures, la tête reposant» sur les genoux de sa maitresse comme celle dun chien favori., le» regard plongeant dans lintérieur dune maison, laisse apercevoir, sur la» terre battue qui forme le plancher, un enfant vêtu d'une simple chemise» et un jeune goret couchés et dormant ensemble en se tenant embrassés.» Cest une fraternité vraiment touchante, et dont le spectacle amuserait» si lon ne se sentait pas, en parcourant les rues, bientôt envahi par des» légions de parasites qui pullulent dans celte saleté. » (A travers lApulieet la Lucanie, t. I er , p. 2.)

1. M. Lenormant (François ), fils du savant Ch. Lenormant , est à Paris en1837 et mort en 1SS3. Il a été collaborateur à la Gazette de France , sous-biblio-thécaire de lInstitut, professeur darchéologie à la Bibliothèque nationale. Parmiles principaux ouvrages quil a laissés, nous citerons : Histoire des massacres deSyrie en 1860 (in-S°, 1861); Deux dynasties françaises chez les Slaves méridio-naux aux quatorzième et quinzième siècles (1S61, in-8°) ; la révolution de Grèce (1862, in-8°) ; la Grèce et les îles Ioniennes (1865, in-18) ; Manuel dhis-toire ancienne de l'Orient (3 vol. in-18) ; Turcs ci Monténégrins (1S66, in-lS), etc.