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LECTURES ET ANALYSES DE GÉOGRAPHIE.
et montait en tournoyant vers les nuages. Le volcan était silen-cieux, mais ce calme lui-même rendait l’immense tourbillonne-ment des vapeurs d’autant plus majestueux. Je m’avançais avecémotion, à la fois heureux et tremblant, comme un profane au-quel se dévoile un mystère. C’était donc là ce géant de la Sicile ,vers lequel, depuis mon enfance, s’était si souvent portée monimagination ! Je la contemplais enfin cette montagne, dont lesanciens, pénétrés d’admiration, avaient fait jadis le « clou de laterre » et le n pilier du ciel! »
» A l’extrémité orientale du Piano del Lago, une longue arêteindique le rebord du précipice appelé Val del Bove. Pour mefaire voir ce gouffre, l’une des merveilles de l’Etna , mon guideme fit obliquer à droito et contourner au nord la base dé laMontagnuola, grand cône d’éruption, que de Catane on pren-drait pour une des cimes de volcan. J’approchais avec une espèced’horreur de l’effroyable abîme. Bientôt je vis la vaste plaine delaves s’étaler à plus de mille mètres de profondeur, semblable àun fragment d’une autre planète. Autour de nous, c’était la zonepolaire avec ses neiges et ses glaces ; dans la partie inférieuredu cirque, au-dessous des talus d’avalanches qui s’étaient écrou-lés du plateau, c’était la région du feu avec ses cratères decendres, ses courants de matières fondues, ses amas de scories.Du haut des escarpements, on plonge le regard jusque dans lesentrailles mêmes de la montagne, et l’on peut facilement étudierl’architecture du volcan tout entier en suivant des yeux, sur lesparois de l’amphithéâtre, les couches superposées des laves etles murs de trachyte ou de basalte injectés dans les fentes.
» Le cône central de l’Etna a près de 300 mètres de hauteur,et ses flancs, composés de débris glissant par leur- propre poids,sont beaucoup plus pénibles à gravir que le reste de la mon-tagne, sans être pourtant aussi difficiles à escalader qu’on leraconte d’ordinaire. Lors de mon ascension, ils n’étaient percés,sur leur versant méridional, que d’un petit nombre de fume-rolles, mais la température des gaz contenus dans l’intérieur ducratère avait suffi pour fondre la couche de neige sur le pourtourpresque entier du cône. Une odeur faiblement sulfureuse se mê-lait à l’atmosphère. Une singulière somnolence s’était emparéede moi. Malgré l’émotion que j’éprouvais en approchant de lacime, j’étais tenté à chaque pas de m’étendre sur un lit de sco-ries, pour y jouir du sommeil. Soit que la nuit précédente, con-sacrée à la marche, eût fatigué mes yeux, soit aussi que la di-