LES ARTS ET METIERS ILLUSTRES
bossue, comme si le verre dont il etait fait avait pris la nature dubronze; il tira de son sein un instrument gu’il avait sans doute apportedans cette intention, et rendit sa forme premiere a la fiole bossuee.Ayant fait cela, il s’imagina avoir conquis le monde, ne doutant pasd’avoir merite la reconnaissance de Cesar et porte a son paroxysmel’admiration et l’etonnement des spectateurs de cette curieuse expe-rience. Mais cela devait tourner tout autrement.
» L’empereur s’enquit, en effet, aupres de l’artiste triomphant,si personne autre que lui n’etait en possession de ce merveilleuxsecret de la trempe du verre; et celui-ci ayant repondu que non, ilcommanda ä ses serviteurs de lui trancher la tete, disant, pour justi-fier cette execution, que « si cet artifice venait ä etre connu quelquev jour, ce jour-la l’or et l’argent deviendraient d’aussi mince valeur» que la boue de la rue. »
LE VERRE TREMPE EN PERSE AU XVII» SIECLE. — A ce trait bienconnu de Tibere, que Pline toutefois raconte d’une maniere diffe-rente, mais qui n’en est pas moins un temoignage de plus de ladecouverte du verre malleable et incassable par un artisan romain,sous le regne de cet empereur, nous pouvons en ajouter un autremoins connu, emprunte a Knolles (1), et qui prouve que les Persansfabriquaient aussi, avant 1610, des vases de verre trempe, incassables.
Le sofi Abbas le Grand, grand conquerant et pourfendeur redou-table, meme en ses moments de loisir, voulait determiner le roid’Espagne, Philippe III , ä une alliance ayant pour objet de chasserSoliman, sultan des Turcs, de cette partie du monde oriental quiappartenait, pretendait-il, ä ses ancetres de Babylone et du Caire , eta lui-meme, en consequence, par droit d’heritage. Pour disposer lemonarque espagnol ä accueillir ses ouvertures, le monarque persanlui envoyait en present une Collection des plus precieux objets qui setrouvassent dans son empire, parmi lesquels des vases de verre mal-leable d’une trempe si fine, qu’il etait impossible de les briser.
Apres avoir demontre combien aisement Philippe, ayant « saflotte redoutable mouillee dans le golfe Persique , » pouvait se rendremaitre de la Syrie et de l’Egypte et s’en faire proclamer seigneur,Knolles en vient au denombrement des presents que lui envoyaitAbbas pour l’amener ä y consentir : « ... Soit, les images d’Ismai'l,de Juchel et de Jonas, ainsi que la sienne propre, fondues en or et