366
LES ARTS ET METIERS ILLUSTRES.
l’inventeur de la pate dont ces pipes sont faites. » Aujourd’hui encore,si vous avez le malheur de parier de pipes d’ecume de mer devantcinq personnes, vous aurez du malheur si, dans votre auditoire, il nese rencontre pas un puriste intransigeant pour vous envelopper d’unregard de mepris aussi peu dissimule que possible. Eh bien, l’ecri-vain d’esprit en question s’est tout bonnement moque du public ; car,sachant l’allemand comme il Ie sait, il ne pouvait ignorer que dans lepays meme dudit Kummer, qui conserva si longtemps Ie monopole dela fabrication de ces sortes de pipes, « la päte dont ces pipes sontfaites » s’appelle... ecume de mer, ou, si vous le preferez, Meerschaum.— Curieuse co'incidence, n’est-ce pas !
Principauoc gisements. — Pour mettre tout le monde d’accord,on peut toutefois appeler l’ecume de mer magnSsite, avec les minera-logistes ; car, au bout du compte, ce n’est pas de l’ecume, et la mermest pour rien dans sa formation ; c’est un compose de magnesie, desilice, d’acide carbonique et d’eau, en proportions variables, dont ontrouve des gisements en France (departement du Gard ), dans les envi-rons de Madrid, en Portugal , sur divers points de l’Asie Mineure, enCrimee, en Grece et jusqu’au Canada . Mais les plus celebres, ceuxqui, älafois, donnent la meilleure qualite et la donnent en abondance,sont situes pres d’Eski-Scheher, en Anatolie . Plus de 4,000 ouvriersy sont presque constamment occupes.
Le voyageur Hainsworth est le premier qui signala, en 1839, cesmines, formees de puits verticaux etroits, donnant acces dans desgaleries horizontales percees h partir de 10 metres de profondeur; et,cependant, il parait certain qu’on faisait des pipes d’ecume et memede fausse ecume en Allemagne des le commencement du siede dernier.
Extraction et commerce. —Quoi qu’il en soit, l’ecume de mer yest trouvee en rognons blanchatres de grosseur tres variable, tantotgros comme une chätaigne et tantot comme un fort pave. La carriereest creusee de la fapon la plus primitive, a coups de beche, et onmonte dans des mannes d’osier, attachees ä la corde d’un treuil, lespierres ä l’oriüce du puits. Elles sont un peu molles ä cemoment, maisdurcissent vite ä l’air. On les entasse ä 3 ou 4 metres de hauteurautour des puits. Des ouvriers s’en emparent, les nettoient precieuse-ment et les exposent au soleil ou dans des pieces chauffees; puis onles assortit par grosseurs et qualites, et on procede a la mise encaisse.
La preparation de cent caisses d’ecume de mer exige le travail dedouze ou quinze personnes pendant deux mois et coüte 3,000 francs.