Band 
Tome premier.
Seite
480
JPEG-Download
 

480

LES AKTS ET METIERS ILLUSTRES.

reunir des fragments de bois de couleurs diverses pour en former deveritables mosaiques, mais reussit a teindre des bois incolores eteommuns pour suppleer a l’insuffisance des nuances naturelles ä sadisposition. Par une intelligente combinaison de bois de couleursdifferentes en grandes surfaces, on arrivait en meme temps a desresultats merveilleux : un panneau de citronnier encadre d’ebene, parexemple, produisait un effet qui surpassait en elegance et en reellebeaute le plus magnifique panneau de diene peint de l’ancien style.

On s’attacha a ces bois exotiques si richement doues, a l’ebenesurtout, d’un grain si fin qu’elle se polit, en quelque sorte, d’elle-memesous le tranchant de l’outil, mais plus dure ä travailler, en conse-quence, qu’aucun des bois employes jusque-lä. Les ouvriers les plushabiles mirent une espece d’amour-propre ä se vouer specialement autravail de l’ebene; et tant a cause de leur habilete que par l’emploid’outils executes expres, avecplus desoin, ils y reussirent pleinement.

D’Italie, les meubles d’ebene s’introduisirent en France , ä lasuite des femmes de nos rois ; la Renaissance les couvrit de sculptures,d’incrustations, de marqueterie, d’ornements d’orfevrerie, etc., avecune profusion souvent excessive, dont l’Italie a seule conserve la tra-dition. Mais l’ouvrier en bois d’ebene, Y&böniste du xv e siede, telest le veritable createur du meuble moderne, le grand Ancetre a quiremontent et le titre et la gloire y attachee.

L’EBENISTERIE DEPUIS LA RENAISSANCE JUSQU’A NOS JOURS. —Apres les merveilles de la Renaissance, sur lesquelles nous avons leregret de ne pouvoir insister, une epoque de decadence s’ouvrit. G’etaitfatal: un effort extraordinaire et prolonge avait ete fait, et l’heure durepos etait venue; mais, en outre, les troubles sanglants de lafin du xvi° siede etaient peu favorables au developpement des arts etmeme au maintien du niveau atteint dans cette voie. Les ruines s’amon-celant sans cesse, ce n’est pas seulement contre rindifference quicaracterise les epoques troublees que l’art avait a lütter, mais contreun ennemi autrement terrible : la pauvrete. Les bois precieux netrouverent donc plus qu’un emploi insuffisant, et il ne füt plusquestion que rarement des ornements coüteux dont il semblaitque l’habitude füt prise. On en revint aux bois indigenes; la formedes meubles s’alourdit, les ornements disparurent; les artistes de laRenaissance avaient laisse des eleves habiles qui, faute d’emploi deleurs facultes acquises, devinrent insensiblement des artisans medio-cres. On faisait encore, a la verite, ces cabinets d’invention recente,