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LES ARTS ET METIERS ILLUSTRES.
bien faits pour tromper les moins prevenus. « II est possible, dit-ilä ce propos, que le comte de Caylus ait ete trompe par la personnedont il I’acheta (la fourchette ä deux dents), quoique l’elegance de cetobjet temoigne de son authenticite et rappelle le style ordinaire desfabriques anciennes, dans lesquelles les arts du dessin etaient univer-sellement employes pour orner meme les ustensiles les plus communsqui servaient aux besoins de la vie journaliere. Quant a la fourchettede la tombe de Peestum, il ne peut s’elever aucun doute... » — Et, eneffet, le doute ne porte que sur l’usage que les Romains pouvaient faired’un semblable instrument, parce que, en fait de fourchettes, toutdemontre qu’ils ne connaissaient que celle du pere Adam, qui n’est'point un objet d’orfevrerie. 5
Un tres savant archeologue, Leon de Laborde , ancien conserva-teur du Musee des antiques au Louvre, a recherche, lui aussi, l’originede la fourchette, et n’en a pas trouve trace dans l’antiquite. Bien qu’ilcroie a l’usage habituel de la cuiller ä bouche, l’absence de la four-chette l’emeut. « Quand je vois, s’ecrie-t-il (1), Pericles, Alcibiade etles plus delicats de ce beau temps de la Grece , manger avec leursdoigts, apres s’etre laves, il estvrai, comme on le faisait au moyen äge,et ne connaitre, comme nos peres, que la cuiller pour s’aider; quand,au beau temps d’Auguste , a l’epoque des raffmements du luxe, les versde Martial, d’Ovide et autres poetes de bonne maison ne laissentpasdouter qu’on mangeait a Rome avec ses doigts; quand enfin je lisdans Plutarque des regles de civilite a observer en mangeant avec sesdoigts, je me dis que la proprete est chose conventionnelle; que seservir de ses doigts en mangeant n’est inconvenant que depuis l’intro-duction des fourchettes; enfin, que juger une civilisation par l’usagede cet ustensile de table, c’est la mal juger. Et, en effet, cette propreteest d’autant plus chose conventionnelle, que c’est dans l’homme unevertu acquise, le temoignage d’une civilisation avancee, le luxe d’unpeuple. Au moyen äge, comme de nos jours en Orient, on tenait plusä l’eclat qu’a la proprete. Par la meme raison, on avait, pour puiserdans son assiette les mets liquides, des cuillers, mais en petit nombre,une par personne pour tout le diner et pas de fourchette. On mangeaitla viande, le poisson, tous les mets solides avec ses doigts, et les deli-cats donnaient des regles pour s’en servir proprement.
» Et cependant, dira-t-on, les fourcettes etaient inventees!