Band 
Tome premier.
Seite
763
JPEG-Download
 

BIJOUTERIE. — LES TRADITIONS ET GE QU’IL EN RESTE. 763

les plus choquantes pour les gens de goüt. II semble que l’objectif dujoaillier moderne s’ecarte avec peine, d’ailleurs, de la valeur intrin-sequedeses produits et que ce soit au poids surtout etauprix des pier-reries dont il est orne qu’il faille estimer la valeur d’un bijou : il luidevient alors fort difficile de garder les limites etroites imposees parle gout, et de ne point faire de ees bijoux trop lourds ornes de pierrestrop grosses, delices des marchandes de maree opulentes, qu’il finitpar prendre lui-meme pour le dernier mot de son art.

Il y a pourtant autre chose a faire, et quelques joailliers et bijou-tiers de genie (je crois en verite que le mot n’est pas trop fort) lefont ou essayent de le faire : c’est non d’imiter les bijoux de l’anti-quite avec le secours des procedes modernes, mais de revenir dans lamesure du possible aux procedes des anciens, ä ces procedes lents,minutieux, tatillons qui laissent ä l’imagination de l’artiste une partsi large de collaboration. Alors nous ferons de la bijouterie d’art, quine fera aucune concurrence a la bijouterie de pacotille et laisseracelle-ci aussi florissante que par le passe, — c’est-ä-dire par le present.Voyez-vous, la question d’art est une question de Sentiment, et lamecanique n’a rien ä y voir; ce qui est bien de son domaine , parexemple, c’est le cote copie, imitation, reproduetion (n’avons-nous pasdes machines ä sculpter qui se conduisent tres bien?); et dans cette voiehonorable, l’abus de la matiere precieuse est facultatif et ne gäte riendu tout.

Pour prevenir une objection qui se presente tout naturellement,nous dirons que les procedes des anciens, en fait de bijouterie surtout,ne sont pas entierement perdus. En divers lieux restes hors deportee de la derniere invasion des barbares, la tradition les apieusement conserves, sauf les pertes inevitables resultant du defautd’emulation.

LA BIJOUTERIE DANS L’INDE. — L’Inde notamment est une descontrees oü se sont le mieux conservees les saines traditions del’antiquite.

Quoique la mousseline exeeutee en Angleterre sur des metiers ävapeur, avec du coton recolte dans l’Inde, se vende dans l’Inde memea des prix inferieurs a ceux de la mousseline tissee par l’ouvrier hindousur un metier qui n’a regu aucun perfectionnement depuis son origine,anterieure ä la periode historique, l’ouvrier hindou conserve les ancienserrements et continue de produire une etoffe precieuse, qu’aucune ma-chine ne produira jamais. Il en est de meme pour la bijouterie. « L’art du

LlV. 96. A. Bitard. — Akts et Met. — Ed. J. Rouff et C i6 . LlV. 96.