122
THUCYHIDE
mais quand on est force de faire faceä beaucoup d’objets nouveaux , il fautbeaucoup de ressources nouvelles. Aussile gouvernement athenien, en raisonde la multiplicitö de ses tenlatives, a-t-ilcet air de jeunesse qui vous manque.
« Aujourd’hui enfm, que votre len-teur connaisse des bornes. Fideles ä vospromesses, venez au secours des Poti-deales et autres allies, en faisant uneprompte irruption dans l’Allique. Nelivrez pas ä leurs plus morteis ennemis,des hommes que vous aimez et qui ontavec vous une meme origine, et ne nousreduisez pas ä nous jeter de desespoirdans une certaine alliance. Y recourir,ce ne serait offenser ni les dieux, te-moins de vos anciens sermens, ni leshommes raisonnables. En effet, on nedoit pas impuler la violation des traitesä celui qui, dans l’abandon, recherchede nouveaux amis, mais ä ceux quilaissent sans secours des amis qu’ilsavaienl jure de defendre. Voulez-vousmontier du zele, nous vous demeure-rons unis; car nous serions coupablesde changer legerement. Et oü trouve-rions-nous des allies plus assorlis ä nosmoeurs ? Prenez donc sur cet objet unerösolution sage, et faites qu’entre vosmains le commandement du Pelopon-nese ne perde rien de l’etendue qu’ilavail lorsque vos ancetres vous le trans-mirent. »
Chap. 72. Ainsi parlerent les Corin-thiens. Des deputes d’Athenes, venusavant eux pour d’autres affaires , setrouvaient ä Lacedemone. Inslruils dece qui s’agitait ä l’asscmblee, ils cru-rent devoir s’y presenter, non pour re-pondre aux accusations dirigees contreeux, mais pour montrer, en geneial,qu’il ne fallait pas deliberer ä la bäte,et qu’on devait donner plus de lempsä la discussion d’aussi grands interets.II etait aussi dans leurs vues d’exposer
L1V. T.
la puissance de leur republique, derappeier aux vieillards ce qu’ils en sa-vaient, et d’apprendre aux jeunes gensce qu’ils ignoraient. Ils esperaient, parleurs representations, disposer les es-prits ä preferer le repos ä la guerre. Ilsse presenterent donc aux Eacedemo-niens, et declarerent qu’ils voulaientse faire entendre aussi dans l’assemblee,si rien ne s’y opposait : on les invite äse presenter; ils paraissent, ils adres-sent ce discours:
Chap. 73. « Ce n’est pas pour entreren discussion avec vos allies, mais pourd’autres objets, que nous a deputesnotre republique. Informes cependantqu’il s’elevait contre nous de vives cla-meurs , nous paraissons ici, non pourrepondre aux accusations des repubii-ques, car nous ne pourrions vous par-ier comme ä nos juges ni comme auxleurs, mais pour empecher que, se-duits par les allies, vous ne preniezä la legere, dans une importante af-faire, une resolution dangereuse. Nousvoulons en möme temps vous montrerque, malgre tous ces vains discourscontre notre republique, eile n’est pasmoins digne des avantages qu’elle pos-sede, et de la consideration dont eilejouit.
« Qu’est-il besoin de parier ici desfaits anciens, dont on n’aurait que latradition pour temoin, bien plus queles yeux de ceux qui nous entendent?Mais quant ä nos exploits contre lesMedes, et aux evenemeris dont vous-menres avez la conscience, quoiqu’ilnous en coüte de les reproduire sauscesse, il faul bien en parier. En effet,ce que nous firnes alors nous livra ämille dangers pour l’avantagecommun,dont vous avez eu votre part : il doitdonc nous etre permis d’en rappeier leSouvenir, s’il peut nousfitre de quelqueutilitö. Nous parlerons moins pour riouf