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Tome premier.
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188 THUCYDIDE

fortune; peut-ßtre aussi nolre inexpe-rience dans un genre de combat quenous hasardions pour la premiere fois.Ce n’est donc pas ä notre lächete qu’ilfaut imputer nos desavanlages. Nosämes, restees invincibles et trouvant enelles-mömes leur justification, ne doi-vent pas se laisser abatlre par les at-teintes imprevues de l’adversite. II estdans la destinee des hornmes d’elre lejouet de la fortune : mais leurs ämesdoivent rester toujours les memes; tou-jours ils doivent se montier intrepides,comme la raison le commande: avec ducourage ils ne pretexleront point leurinexperience pour se donner, en quel-ques circonstances, le droit d’agir aveclächete. Certes, votre inexperience nevous rend pas autant inferieurs ä vosennemis que votre intrepidite vous eleveau-dessus d’eux. Leur science, qui vousdonne tant de crainte, si eile etait ac-compagnee de courage, pourrait, dansle peril, leur rappeier ce qu’ils ont ap-pris; ils pourraient alors en faire usage:mais sans la valeur, l’art ne peut riencontre les dangers; car la peur paralysela memoire, et la science sans le cou-rage n’est d’aucun secours.

« A la superiorite de leurs connais-sances, opposez la superiorite de la va-leur; ä la crainte que vous inspireraitvotre defaite, la consideration qu’alorsvous etiez mal präpares. Vous avez enoutre pour vous le grand nombre desvaisseaux, et vous combattrez sur mer,soutenus de vos hoplites et pres d’un ri-vage ami. Or, presque toujours, la vic-toirese declare en faveur du plus grandnombre et des meilleurs preparatifs. 11n’existe donc pas un seul motif raison-nable qui puisse nous faire apprehen-der un mauvais succes. Meme les faulesque nous avons commises dans le der-nier combat, ajoutees ä nos avantagesactuels, deviendront pour nous, en

, uv. n.

nous servanl de le?ons, de nouvellesressources. Pilotes, malelots, armez-vous d’une noble audace : remplissezchacun le devoir qui vous est propre,demeurant fermes au poste qui voussera confie. Novjs saurons, aussi bienque vos prcmiers commandans, vousolfrir les occasions de vous dislinguer,et nous ne fournirons ä personne lepretexte de manquer de courage. Siquelqu’un vient ä s’oublier, il subiraun jusle chätiment; les braves rece-vront les recompenses dues ä la valeur.»

Cu ap. 88. Les commandans ranime-renl ainsi le courage des Peloponne-siens. Phormion, ne redoutant pas moinsle decouragement de ses soldats, etn’ignorant pas qu’ils formaient des ras-semblemens, et que le nombre desvaisseaux ennemis les epouvantait, crutdevoir les encourager, les rassurer, etdonner les conseils que semblaient dic-ler les circonstances. Il avait aupara-vant l’habitude de leur parier en touteoccasion et d’avance; il avait si bienprcpare leurs esprils, qu’il ne pouvaitsurvenir de flotte si formidable qu’ilsne fussent pröts ä la combaltre. D’ail-leurs, depuis long-temps ses soldatsavaient concu d’eux-memes une si hauteopinion, qu’ils ne croyaient pas quedes vaisseaux alheniens pussent recu-ler devant des vaisseaux du Pelopon-nese, quel qu’en füt le nombre. Lesvoyant cependanl consternes ä l’aspectdes ennemis, il crut devoir les rappe-ler ä leur premiere valeur. Il les as-sembla, et leur parla en ces termes:

Ciiap. 89. « Soldats, je vous voiseffrayes de la multiiude de vos adver-saires : je vous ai convoques, jugeanttrop indigne de vous de redouler cequin’a rien de redoutable. D’abord, c’estpour avoir ete dejä vaincus, et parcequ’ils se jugent eux-mömes inferieurs ävous, qu’ils ont equipe tant de vais-