356 THUCYDIDE
dient nos secours, eux qui ont si grandinteret ä mentir, eux qui, apres un suc-cesobtenuä nos seulsrisques, sans qu’ilsaient rien fourni que des paroles, refu-seront de reconnaitre nos Services, ouqui, venantädchouer, entraineront leursamis dans leur ruine. Si lei d’enlrevous,fier d’dtre diu l’un des chefs, vous en-gage ä cette expedition, ne considerantque son interet personnel, d’ailleurs tropjeune encore pour commander, maisavide du commandement pour faire ad-mirer les chevaux qu’il a nourris eltrouverdanssa nou veile dignitequelquemoyen nouveau de signaler son faste,ne le meltez pas en dtat de briller en par-ticulier au peril de la republique; maiscroyez que de tels citoyens nuisent ä l’e-tat, en se ruinant euv-memes, et qu’ils’agit ici d’une affaire tres-grave, quine doit etre ni deliberee par un jeunehomme, ni decidee avec legerete.
Chap. 13. « En le voyant environndde complaisans qui prennenl place icipour 1’appuyer, j’eprouve un sentimentde crainie, et, de toules mes forces,j’exhorle lesvieillards assispres desgensde cette faction ä ne point apprehenderle reproche de limidite en refusant devoter la guerre. Qu’ils ne se laissent pasinfecter de la maladie de cette jeunesse,si prompte ä se passionner pour tous lesobjets hors desa porlee. Bien persuaddsqu’on reussit peu par la passion, beau-coup par la prevoyance, qu’ils se pro-noncent hardiment en faveur de la pa-trie, qu’on prdcipile dans les plus grandsdangersqu’elle ail jamais courus; qu’en-nemis de cette faction, ils fassent decre-ter que c’est aux Siciliens ä vider entreeux leurs differends, en se renfermantdans les limites que nous ne pouvonsleur contesler, le golfe ionique en cö-•oyant la terre et la mer de Sicile, engagnant le large. Que l’on dise en parti-cuüeraux ßgeslains que, si d’abord ils
, UV. VI.
ont entrepris la guerre contre Sdlinonlesans l’intervcntion d’Athenes, ils peu-vent bien aussi la terminer sans eile.Enfin, ne prenons plus, suivant notreusage, des allies que nous defendronsdans le malheur, et dont nous ne pour-rions, au besoin, obtenir aucun secours.
Chap. 44.« Et toi, prytane, si tu croisde ton devoir de veiller aux interets dela republique, si tu veux dtre bon ci-toyen, appuie cel avis, et consulieuneseconde fois l’opinion des Atheniens. Situ crains de recueillir les voix de nou-veau, songe qu’une violation de formes,autorisee par les regards de tant de te-moins, te laisse irr6procbable; songeque tu seras le medecin appele ä sauverla republique des maux oü l’entraineraitune funeste resolution; enfin que c’estremplir les devoirs d’un bon magislratque de faire beaucoup de bien ä la pa-trie, ou du moins de ne pas lui faire dumal volontairement. »
Chap. 15. Ainsi parla Nicias. Le plusgrand nombre des Atheniens qui prirentensu ite la parole, demandait qu’on mar-chät sans delai, el qu’on ne revint passur une chose qui venait d’elre decretee;quelques-uns etaient d’avis contraire.Alcibiade opinait avec la plus grandecbaleur pour l’expedition : oppose danstoutes les questions politiques a Nicias,il avait ä coeur de le conlredire danscelle-ci, paree que ce general venait delancer quelques traits contre lui. Maissurtoul il brülait de commander: il es-perait conquerir la Sicile et Carlhage,et, favorise de sa fortune, augmentersesrichesses et sa gloire. En grand creditaupres de ses concitoyens, ses fantaisies,l’entretien de ses chevaux, et ses autresdepenses, etaient au-dessus de ses facul-tes; ce qui contribua singulierement ala chute de l’etat: en efiet, bien desgensqu’alarmaient et l’indecence revoltanteavec laquelle il violait les lois dans sa