THÜCYDtDE,
eonstitution de lYtat, que de tirer partides circonstances pour se faire rappeierpar ses amis. 11 representa qu’il fallaitprendre garde de se jeter dans une guerrecivile pour complaireau grand roi. LesLacedemoniens etanl devenus sur merles egaux des Alheniens, et ayant desvilles considerables sous la dominationde ce prince, il elail absurde d’imaginerqu’il se donnät de 1’em.barras en s’unis-sant aux Alheniens, dont il se defiait,tandis qu’il avait ä sa disposition l’a-mitie des Peloponnesiens, qui ne luiavaient donne aucun sujet de plainte.A l’egard des villes alliees, ä qui l’onprometlait l’oligarchie quand les Athe-niens eux-memcs ne vivraient plus souslegouvernemenlpopulaire, il se disaitbien certain que celles qui sYitaient sou-levees n’en reviendraient pas davantageä leur alliance, et que celles qui s’ytrouvaienl encore n’en seraient pasmoins remuantes; ä la liberle, ces re-publiquesneprefereraient pas la servi-tude sous un elat gouverne par l’oli- jgarchie ou par la democratie, ou quiadopterait l’un ou l’aulre de ces deuxrügimes : ceux qu’on appelail les bon-neles gens penseraient que les nova-teurs, etant pour la mullitude elle-meme la cause et les artisans de millemaux dont ils tireraient leur avantageparliculier, neleurnuiraient pas moinsque la multitude meme; qu’etre sousleur joug, c’est mourir avec plus deviolence ct sans forme de proces, aulieu qu’on irouvait un refuge aupres dupeuple, qui servail de frein ä ceux-lä.
II savail avec certitude que teile elaitla facon de penser des villes instruiicspar les faits memes; en un mot, iln’approuvait rien de ce que proposaitAlcibiade, ni rien de ce qui se passait.
Chap. 49. Ceux qui etaient du com-ploi, ne persistant pas moins dans leursi'.emieres vesolutions, accueillirenl les
, LIV. VIII. ■'ß’7
propositions qu’on leur faisait, et s#disposerent ä envoyer ä Athenes Pisan*die et quelques autres deputes, pourmenager le retour d’Alcibiade et la de»truction de la democratie, et pour ren-dre Tissapherne ami des Atheniens.
Ciiap. 50. Phrynicus, voyant qu’onallait parier du rappel d’Alcibiade, etque les Atheniens n’en rejelleraient pasla proposition, craignit, apres lout cequ’il avait dit pour s’y opposer, qu’Al-cibiade, si en effet il revenait, ne le pu-nit des obstacles qu’il aurait apportesäson retour. Pour se soustraire ä ce dan-ger, il envoya secretement un expres äAstyochus, qui commandait la flotte deLacedemone et qui se trouvait encore äMilet, n lui apprenait qu’Alcibiade travaillait ä ruiner les affaires de Sparte etä rendre Tissapherne ami d’Athenes; ilne lui parlait pas moins ouvertement dureste des affaires, ajoutant qu’on devaitlui pardonner s’il cherchait ä nuire äson ennemi, mßme au desavantage dej la republique. Mais Astyochus, n’ayantplus, connne auparavant, de demelesavec Alcibiade, ne conservait pas con-tre lui de ressentiment. 11 va le trouverä Magnesie, pres de Tissapherne, leurraconte ä tous deux ce qu’on lui a mandede Samos, etdevicnt ainsi denoncialeur.Par cetle demarche, il cherchait, dit-on, pour son interet particulier, ä s’at-tacher Tissapherne : afm de reussir, ilmit encore en usage d’autres moyens,tels quecelui de n’agirque mollementpour faire payer aux troupes la soldeentiere. Bientöt Alcibiade ecrivit contrePhrynicus aux principaux de Samos,leur apprenant ce que venait de faire cegeneral, et les priant de lui donner lamort. Phrynicus, Irouble et sentant toulle danger oü le mettait cette denoncia-tion, depute une seconde fois vers As-tyochus. Il se plaignait de ce que lasecret avait eie mal garde sur ces pro-