Band 
Tome premier.
Seite
613
JPEG-Download
 

LA CVROPEDIE.

LIV. I.

613

ä Sacas de me donner la coupe : en teservant aussi bien que lui, je meriteraide te plaire. » Astyage y consent: Cy-rus s’empare de la coupe, la rince avecgräce, connne il l’avait vu faire ä l’e-chanson; puis, composant son visage,prenant un air serieux et un maintiengrave, il la presente au roi, qui en ritbeaucoup, ainsi que Mandane. Cyruslui-meme, riant aux eciats, se jette aucou de son grand-pere, et dit en l’ern-brassant : « Sacas, te voilä perdu; jet’enleverai la Charge, j’en ferai mieuxque toi les fonctions; de plus, je neboirai pas le vin. » Car, lorsque lesechansons des rois leur presentent lacoupe, ils tirent, avec une cuiller, unpeu de la liqueur qu’elle contient; ilsla versent dans leur main gauche, etl’avalent: s’ils y avaient mele du poison,ils en seraient les premieres victimes.

Astyage continuant de plaisanter :«Pourquoi, mon fils, dit-il ä Cy-rus, voulant imiler Sacas, n’as-lupasgoüte le vin? — C’est qu’en veritej’ai craint qu’on n’eüt mis du poisondans le vase; car, au festin que tudonnas ä tes amis, le jour de ta nais-sance, je vis clairement que Sacas vousavait tous empoisonnes.— Et commentvis-tu cela ? — C’est que je m’aper<;usd’un derangement considerable dansvos corps et dans vos esprits. Vous fai-siez des choses que vous ne pardon ne-riez pas a des enfans comme moi; vouscriiez tous ä la fois , vous ne vousentendiez pas ; vous chantiez ridicule-Went, et, sans ecoutercelui qui chan-•ait, vous juriez qu’il chantait ä mer-v eille. Cliacun de vous vantait sa force;cependant, lorsqu’il fallut se lever pourdanser, loin de faire des pas en ca-dence, vous ne pouviez meine vouslenir fermes sur vos pieds. Tu avaiseublie, toi, que tu evais roi; eux,qu’ils etaient sujets. J’appris, pour la

premiere fois, que la liberte de parierconsistait dans Tabus que vous faisiezalors de la parole; car vous ne vouslaisiez pas. — Mais, mon fils, ton perene s’enivre donc jamais? — Non, ja-mais. — Comment fait-il? — Quand ila bu, il cessc d’avoir soif; et c’est toutce que la boisson opere en lui : aussin’a-t-il poii?*, je pense, de Sacas pourechanson. — Mon fds , lui dit Man-dane , tu en veux bien a Sacas ; pour-quoi l’atlaquer ainsi?—Parce que je lehais : souvent, lorsque j’accours avecempressement pour voir le roi, ce me-chant me refuse Tentree. Grand-papa,laisse-moi, je te supplie, pour troisjours seulemenl, le maitre absolu deSacas. — Comment userais-tu de tonautorile sur lui? — Je me posterais,comme lui, ä l’enlree de ton apparte-ment, et lui dirais, quand il se pre-senterait pour le diner : « Il n’est pas« possible de se mettre ä table; le roi« est en affaire. » Quand il viendraitpour le souper : «Le roi est au bain.»Si la faim le pressait : « Le roi est dans« l’appartement des femmes. » Enfin jelui rendrais Timpatience qu’il me causeen m’empechant de te voir. » Cyrusegayait ainsi les Soupers. Dans le coursde la journee, si son aieul ou son oncledesirait quelque chose, on se füt diffi-cilement rnontre plus empresse quelui, tant il avait ä coeur de leur plaire.

Lorsque Astyage vit Mandane se dis-poser ä retourner en Perse, il la pria delui laisser Cyrus. « Je ne soubaite rientant, repondit-eile, que de faire tout cequi vous est agreable; mais, je l’avoue,j’aurais de la peine 4 vous laisser monfils malgre lui. » Sur quoi Astyage ditä Cyrus : « Mon fils, si tu demeuresici, Sacas ne i’empechera plus d’en-trer; quand tu voudras me voir, tu enseras le maitre, et plus tu me feras devisites, plus ie l’cn saurai gre- Tu le