616
XfcNOPHON.
que Sacas, comme lous les autres, l’af-feclionnait extremement.
Ccpendant Astyage, s’apercevant qu’ilbrülait de chasser Iiors du parc, lui per-mit d’accompagner son oncle, et luidonnadesgardes ä cheval, d’unägemür,qu’il chargea de lui faire eviter les lieuxdifficiles, et de le garantir de l’attaquedes animaux feroces. Cyrus sc häta dedemander ä ceux qui i’accompagnaientquelles etaient les betes donl l’approcheest dangereuse, quelles etaient cellesqq’on peut poursuivre sans crainte. IIen a coüle la vie ä plus d’un chasseur,repondirent-ils, pour avoir vu de troppres les ours, les lions, les sangliers,les leopards ; mais les ccrfs, les che-\reuils, les änes, les brebis sauvagesne font aucun mal. Us lui disaient en-core que les lieux escarpes n’etaientpas moins ä craindre que les betes fero-ees; que d’affreux precipices avaienl en-glouti descavaliers avec leurs chevaux.
Tandis que Cyrus ccoulail avec atten-tion , parul un eerf qui fuyait cn bon-dissant: aussitöt, oubliant cequ’on ve-nait de lui dire, il le poursuit, il nevoit plus que la route que prend l’ani-mal. Mais son clieval s’abat en sautanl;peu s’en faut que Cyrus ne se rompe lecou; cependant il se retient quoiqu’avecpeine. Le cheval se rcleve; Cyrus gagnela plaine, atteint le cerf qu’il perce deson dard. Grand et magnifique cxploit!Il s’en applaudissait, lorsque sesgardesI’ayant joint le reprimanderent et luidirenl le danger qu’il avait couru ; ilsajoulerent qu’ils en avertiraient le roi.Cyrus, ayant mis pied ä lerre, se tenaitdebout devant eux, ebagrin de cetle re-primande, lorsque soudain il entend uncri. Iiors de lui-meme, il saute sur soncheval, voit un sanglier venir droit älui, eourt au-devant, lui lance son dardavec tant de justesse qu’il le frappeentre les yeuxet l’elend tnort. Son on-
cle bläme sa temeritö; mais lui, pourloute reponse, le conjure de lui per-mellre de porter et de presenter sa chasseau roi. « Si jamais il apprenait que tuas couru ces betes, il ne le pardonneraitni ä toi, ni ä moi qui t’ai laisse faire.— Qu’il me chälie comme il voudra,pourvu que je lui offre mon present; ettoi-meme, mon oncle, punis-moi situ le veux; mais accorde-moi la gräceque je te demande. — Fais donc ce quite plail; aussi bien on dirait que tu esdejii nolre roi. »
Aussitöt Cyrus fit enlever les deuxbetes, qu’il alla presenter ä son ai'eul,enlui disant que c’etait pour lui qu’il avaitchasse. 11 ne lui montra pas les dards,mais il les mit encore tout sanglans dansun lieu oü il crul qu’il les verrait. « Monfils, lui dit Astyage, je regois de bon coeurton present; mais je n’avais pas un telbesoin de cerf et de sanglier, que tudusses t’exposer au danger. — Eh bien,grand-papa, si tu n’en as pas besoin,abandonne-les-moi, je t’en supplie; jeles parlagerai entre mes camaradcs. —Pretids, mon fils, et donne non-seu-Icment ta chasse, mais encore tout ceque tu voudras et ä qui tu voudras.»Cyrus prit legibier, et le distribuantäses camarades : « 0 mes amis, leur dit-il, comme nous perdions le temps ächasser dans le parc ! c’etait, en quel-que sorte, chasser des betes ä qui l’oneüt lie les jambes; eiles etaient empri-sormees dans un espace etroit, maigreset pelees, les unes boiteuses, les autresmutilecs. Mais comme les animaux desmontagnes et des champs sont beaux!qu’ils sont vigoureux! comme leur poilest lisse! Les cerfs s’clan<;aient vers lesnues, aussi legers que des oiseaux; lessangliers allaientaux coups, aveccetteinlrepidile que l’on nous depeint dansles hommes courageux; ils sont d’ail-leurs si gros, qu’il est impossible de les