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Tome premier.
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LA CYROPEDIE. —« MV. I.

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m'anquer. Oui, ces deux betes, quoiquemortes, me paraissenl plus belles quecelles qu’on enferme vivanies dans leparc. Mais enfin, vos parens ne vouslaisseraient-ils pas venir ä la chasse?

— Sans doute, si Astyage l’ordonnait.

— Qui lui en porlera la parole? — Eh !qui peutmieux que vous le persuader?

— En verite, je ne coni;ois pas quelhomme je suis; je n’ose plus, ni parierä mon aieul, ni meine le regarder enface, comme un auire; pour peu quecel embarras augmenle, je deviendraitout äfait imbeeile, stupide; tandis que,dans mon enfance, je parlais plus qu’onne voulait. — Ce que vous dites lä nouseflraie; quoi ! vous ne pourriez plusrien faire pour nous, el nous serionsforces de recourir ä d’autres, lorsqu’ildepend de vous de nous servir ? » Cepropos piqua Cyrus; •' les quitta sansrepliquer, el, apres s’etre excite lui—me me ä prendre de la hardiesse, etavoir reflechi sur le moyen de faire con-sentir Aslyage, sans le fächer, ä la de-mande de ses camarades el ä la sienne,il entra et lui tint ce discours :

« Seigneur, si un de tesesclavess’elaitenfui, et que tu l’eusses repris, commentle traiterais-tu? — Je le condamnerais ätravailler cliarge de chaines. — Et s’ilrevenait de lui-meme? — J ’ordonneraiscju’on le fouetlät, alin qu’il ne relombälpas dans la meine laute; apres quoi, jeme serviraisde lui comme auparavant.— Prepare-toi donc ä me fouetler; carj’ai le projel de m’enfuir avec mes ca-marades, pour aller ä la chasse. —- Tuas bien fait de m’en prevenir : je tedefends de sortir du palais. II seraitbeau que j’eusse enleve ä ma fdle sonenfanl, pour en faire mon pourvoyeur.»Cyrus obeit, resla, mais triste, morneel sans proferer une parole. Astyage, levoyant dans cel exces d’abatlement, lemene a la chasse; il avait rassemble,

outre les jeunes Medcs, quantite de ca-valiers et de fantassins, et ordonnequ’on lanQÜt les betes fauves vers leslieux accessibles aux chevaux. 11 y eutdonc une grande chasse, oü il parutavec une pompe royale. 11 defendit ätous les chasseurs de frapper aucun ani-mal , avant que Cyrus füt las d’en tuer.Mais le jeune prince le pria de levercelte defense : « Si tu veux, seigneur,que j’aie du plaisir, permets ä tous mescamarades de poursuivre, et de disputerd’adresse entre eux.»Astyage le permit,et se plat;a dans un endroit d’oü il con-siderait les chasseurs, qui tantöt atta-quaient les betes ä l’envi, lantöt lespoursuivaient et les alteignaient daleurs dards. Il aimait ä voir Cyrus, nepouvanl se tairc dans l’exces de sa joie,mais semblableä un chien courageux,redoublant ses cris aux approches desa proie , encourageant les chasseurs,appelanl chacun par son nom. Il se re-jouissait de Tentendre plaisanter les unssur leur maladresse, feliciter les autresde leurs succes, sans cn etre jalouxApres la chasse, qui fut heureuse, As-tyage s’en alla; mais il s’y elail telle-ment diverti, qu’il y retourna , dansses momens de loisir, accompagne deson petit-fds, des jeunes Medes, paregard pour lui, el de benucoup d’autreschasseurs. Cyrus passait ainsi la plusgrande partie de son lemps; il diver-tissail et obligeail tout le monde , sansnuirc ä personne. Il avait quinze ouseize ans, lorsque le bis du roi d’As-syrie, qui etait sur le point de se ma-rier, voulut aussi faire une chasse. Ceprince, ayant oui dire qu’il y avaitquantite de betes fauves dans la partiedes ßtats de son pere, qui avoisinait laMedie, oü l’on n’avait point chasse pen-dant la guerre precedente, choisit ceeanlon. Pour la sürete de sa personne,il prit avec lui des cavaliers et des pel-