LA CYROPflDIE. — LIV. II.
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lorsqu’il s’appretait ä commencer le se-cond tour, je lui ordonnai de commen-cer par la queue et de servir en sensconlraire. A l’instant, un Soldat dumilieu du cercle s’ecria, en jurant,qu’il n’y avait point d’egalite dans ladislribulion, si oti ne commengait ja-mais par le centre. Fache d’apprendrequ’il parüt y avoir de l’inegalite, jel’invilai ä se placer pres de moi. 11 m’o-beit d’un air fort grave; et quand noiretour fut arrive, nous trouvant les der-niers, il ne reslait que de pctites por-lions. Le soldat paraissait fort triste :
« Fortune ennemie, se disait-il ä lui—«nieme, faut-il qu’on m’ait fait venir« ä cette place! » — Sois tranquille, luidis-je, on va recommencer par nous,luauras la plus grosse pari. Lä-dessusle cuisinier apporte son troisieme etdernier Service; le soldat prend sapartapres moi; mais ä peine celui qui lesuivail avait pris la sienne, que mon |homme, trouvant le morceau de son ivoisin plus fort que le sien, le rejeta jpour en choisir un autre. Le cuisinier,qui pensait qu’il n’en voulait jdus,Continua son Service, sans lui laisser letemps de prendre un autre morceau;ce qui le courrouga au point qu’apresavoir laisse empörter le morceau dontil etait le mailre, il renversa encore,moiliesurprise, moitiecolere, la saucequi lui restait sans viande. Ln lochageassis pres de nous, battait des mains,riant et se divertissant de cette scene.Pour moi, je feignais de tousser; j’a-vais peine ä mecontenir. Voila, Cyrus,l’humeur d’un de nos camarades. »Apres ce recit qui amusa, commecela devait etre, un taxiarque prenantla parole : « Il parait, Cyrus, qu’Hys-taspeavait renconlre unhommedemau-vaise humeur ; pour moi, voici monavenlure. Lorsqu’apres nous avoir en-seigne les evolutions mililaires tu nous
euscongedies en nousordonnant d’exer-cer nos compagnies conformemenl ä leslegons, je comrnengai, ä l’exemple demes camarades, par dresser une es-couade; jeplagai lechefä la töte, der-riere lui un jeune soldat, puis les autresdans l’ordre que je jugeai convenable :cela fait, je me postai vis-ä-vis d’eux,et les regardant, des que je crus qu’ilen etait temps, je leurordonnai d’avan-cer. Alors mon jeune soldat, depassantson lochage, se trouva ä la letede l’es-couade. Que fais-lu, lui dis-je? — J’a-vance comme vous me l’ordonnez.—Cen’est pas ä toi seul, mais ä toute la troupeque l’ordre s’adresse. Aces mots, se tour-nant vers ses camarades : « N’entendez-« vous pas qu’on nous commande a« tous d’avancer? » Sur-le-champ tousmarchent vers moi, laissant leur lochagederriere eux. Celui-ci les rappelle ä leurrang, ils se fächent. « Auquel donc,« s’ecrient-ils , devons-nous obeir?« l’un ordonne, l’autre defend d’avan-« cer. » Je pris patience. Je remis mesgens en ordre, en leur disant de ne pointse mellre en mouvement que celui quietait devant eux ne commengät ä mar-cher; que chacun devait etre seulementattenlif ä suivre celui qui le precedait.Dans ce temps-lä meme, quelqu’un quis’en allait en Perse vint me demanderune lettreque j’avaisecrite pour cepays.Le lochage savait oü je l’avais mise, jelui dis d’aller promplement la cher-cher; il pari en courant. Le jeunehommecourt apres lui, arme de son epee et desa euirasse; les autres, ä son exemple,en font autant, et bientöl ma lettre ar-rive escortee: tant mon escouade ob-serve scrupuleusement la discipline quetu leur prescris! » Tout le monde riaitde la pompeuse escorle de la lettre.« Bons dieux, s’ccria Cyrus, quels ca-marades nous avons lä! Puisqu’un che-tif repas gagne ainsi leur amitie, el