Band 
Tome premier.
Seite
636
JPEG-Download
 

636 xfiNOPifON.

qu’ilssontdocilesait point d’obeir avantde savoir ce qu’on leur comrnande, jene sais si l’on pourrait ddsirer de meii-leurs soldals. »

Lorsqu’il les eut ainsi loues toul enplaisantant, un taxiarque nomme Agla'i-tadas, homme de moeurs austeres, quise trouvaitlä, Iui adressant Ja parole :« Crois-tu, Cyrns, que ces gens-lä di-sent vrai?— Et quel motif auraient-ilsde mentir? — Nul autre motif que ce-lui d’amuser et de se faire valoir parleurs contes. — Doucement, ne les ac-cuse point d’ölre vains. Selon moi, cenom convient ä des gens qui veulent pa-raitre ou plus riches, ou plus bravesqu’ils ne sont en effet, et ä ceux quipromettenl au-delä dece qu’ils peuvent,surtout si l’on voit qu’ils agissent dansdes vues d’intöret; maiscelui qui clier-che ä divertir ses amis sans interöt, sansmalice, sans causer aucun prejudice,pourquoi ne le rcgarderait-on pas plu-töt comme un homme aimable et polique comme un homme avantageux? »

Cyrus prenait ainsi la defense de ceuxqui avaient egaye la Compagnie. Letaxiarque qui venait de raconler la plai-sante aventure de la lettre, apostrophantAglaitadas : « Sans doute, lui dit-il, sinous cherchions ä t’affliger, ä l’exem-ple de ces gens qui, par des vers tou-chans ou des histoires lamentables in-venleesä plaisir, s’efforcent d’arracherdes larmes, tu te plaindrais de nousavec raison, puisque, möme avec laconviction que nous voulons unique-ment te rejouir, tu nelaisses pas de noustraiter avec durete. — Je souliens, moi,que j’ai raison. En cherchant ä fairerire, on sertbien moins ses amis qu’enles faisant pleurer : avec un jugementsain, tu reconnaitrais que je dis vrai.Certes, ce n’est point sans les contrarierqu’un pere forme ses enfans ä la vertu ,qu’un maitre enseigne les Sciences a ses

disciples; et les lois portcnt-elles lescitoyens ä la justice en münageant tou-jours leur sensibilite? Me diras-tu queceux qui possedent le talent d’excilerle rire rendent les corps plus robustes,les ämes plus propres ou ä l’adminis-tration domeslique, ou au gouverne-ment del’Etat?—Aglaitadas, ditalorsHystaspe, si tu m’en crois, tu distri-bueras hardimentänos ennemis ce bienprecieux que tu nous vantes, et tu es-saieras de les faire pleurer; mais ceris que tu estimes si peu, tu le garderaspour nous qui sommes tes amis-, tudois en avoir uneample provision, cartu ne l’as pas epuisee par l’usage; jedoute meme que tu en aies jamais usevolontairement en faveur de tes amiset de tes hötes; ainsi tu n’as aucunpretexte pour ne point nous en fairepart. — Pretends-tu, Hystaspe, tirerde moi de quoi t’amuser? — Ge seraitune folie, repartit le taxiarque; onentirerait du feu plutöt qu’une saillie ai-mable. » A ce mot, tous ceux qui con-naissaient le caractere d’Aglaitadas, ri-rent aux eclats, et lui-meme ne puts’empecher de sourire. Cyrus voyantqu’il se deridait : « Taxiarque, tu astort de pervertir ainsi le plus serieuxdes hommes, en forgant ä rire un en-nemi declare de la gaite. »

Cet entretien fini, Chrysante prit laparole : « Cyrus, et vous tous qui elespresens, je suis dans la ferme persua-sion que les Perses qui nous ont accom-pagnes ne sont pas tous d’une egalevaleur; cependant, si lafortune nous fa-vorise, tous voudront öl re recompensesegalement: or rien, ä mon avis, ne se-rail plus inegal que de traiter egalementle brave et le lache. — Eh bien, mesamis, dit Cyrus jurant par les dieux, iln’y a rien de niieux ä faire que de pren-dre ä ce sujet l’avis de tonte l’armee :eile decidera lequel lui parait plus expe-