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Tome premier.
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640 x£nophon.

possede qu’ä le garder pour en jouir.Les homotimes, je le sais, sont fiersd’avoir ete eleves ä supporter la faim,la soif, le froid : ils ignorent donc quenous y avons ete formes comme euxpar un maitre plus absolu, la neces-sile, qui ne nous a que Irop bien in-struils dans cette science. A la verite,ils s’exerfaient ä porter leurs armes;mais qui ignore combien l’art les arendues legeres? et nous, nous elionssouvent contraints de marcher, de cou-rir avec descharges enormes; de sortequ’aujourd’hui ces meines armes mesemblent plutöt. des ailes qu’un far-deau. Jevous le declare donc, Cyrus,je combattrai, et tel que vous me voyez,je prölends aux recompenses que j’au-rai meritees. Pour vous, qui etes, ainsique moi, de la classe inferieure, je vousexhone ä soutenir le defi que nous of-frons ä ces homotimes eleves avec tantde soin, ä ces hommes qui sont main-tenant engages dans une lutte ple-beienne. » Lorsque Pheraulas eut cessede parier, plusieurs Perses se leverenlpour appuyer les deux opinions. II futdecide que chacun serait recompenseselon son merite, et que Cyrus en se-rait le juge; ce qui fut suivi.

Peu apres, Cyrus invite ä souper uneCompagnie enliere avec son taxiarque.II r ’avait vu diviser sa Compagnie endeux bandes, puis les ranger en ba-taille, l’une vis-ä-vis de l’autre : lousavaient la poilrine munie d’une cui-rasse, le bras gauche d’un bouclier.L’une des bandes etait armee de grossesCannes, l’autredevait ramasseretjelerdes mottes de terre. Quand tous etaientpröts, il donnait le signal du combat:aussitöt ceux-ci de lancer leurs mottesqui venaient frapper les cuirasses, lesboucliers, les jambes et les cuisses dela bande opposee. Mais lorsqu’on semesurait -de pres, la troupe armee de

bätons frappait tantöt sur les mains,les cuisses ou les jambes, tantöt sur latete et le dos de ceux qui se baissaientpour ramasser des mottes; enfin eileles meltait en deroule et les poursuivait,en les frappant, avec de grands eclalsde rire. La premiere bande, ä son tour,s’armant de Cannes, traitait l’autrecomme elleen avait ete trailee. Cyrusagreablement surpris de l’obeissancedes soldats et de l’invention du taxiar-que qui tout ä la fois exen;ait et diver-tissait sa troupe, Hatte d’ailleurs de ceque la victoire restait ä ceux qui com-battaient ä la maniere des Perses, lesinvila donc ä souper. Lorsqu’ils en-trerent dans sa tenle, il en vit plusieursqui avaient ou la main ou la jambebandee ; il leur demanda de quellearme ils avaient ete blesses. « Par descoups de mottes de terre,» repondirent-ils. « Esl-ce avant ou apres vous etrejoinls que vous les avez regus? » Ils r6-pliquerent que c’etait lorsqu’ils se bat-taient de loin, et qu’il n’y avait eu quedu plaisir des qu’ils s’etaient appro-ches. Ceux qu’on avait blesses ä coupsde canne s’ecrierent qu’il n’y avaitpoint eu ä rire pour eux dans la mölee;en meme temps ils montrerent des bles-sures, les uns ä la main, les autres ä latele ou au visage. Ensuite, comme onse rimagine bien, ils se mirent ä plai-santer sur leurs infortunes reciproques.Le lendemain, toute la Campagne futcouvcrte de soldats qui se livraient aumeme exercice; et depuis ce temps cefut leuramusementfavori, quandilsn’a-vaient pas d’occupations plus serieuses.

Un autre jour il vit un taxiarque quiramenait sa compagnie des bords dufleuve, pour aller diner, la faisaitd’a-bord marcher sur une fde, puis com-mandait ä la seconde, ä la troisieme, äla quatrietne escouade d’avancer : lesquatre chefs se trouvaient ainsi au pre-