LA CYROPßDIE.
LIV. II.
ferons pour quelesfinancesne vousman-quent point; car tant que votre tresor6era bien garni j je suis convaincu queje pourrai y puiser au besoin, surtout simes depenses doivent lourner ä votreprofil. Dernierement, si ma memoireestfidele, vous disiez que le roi d’Ar-menie, sur la nouvelle quenos enneiniss’approchaient, vous traitait avec peud’egards; qu’il ne vous envoyait pas detroupes, qu’il refusait de payer le tributaccoutume.—Cela est vrai, dit Cyaxare;aussi, ne sais-je lequel serait le plusavantageux, oude lui declarerla guerre,et de le soumelfre par la force, ou dedissimilier dans ce momcnt, pour nepas donner ä mes ennemis un nouvel al-lie. — Les lieux qu’il habite sont-ils ou-verts, ou forlifies? — Pas tres-fortifies;j’y ai toujours eu l’oeil; mais il a desmonlagnes oü il peut seretirersans qu’ilseit possible ni de le forcer ni de s’em-parer des effets qu’il y aurait transpor-tes; ä moins de le lenir long-lemps blo-que,comme fitautrefoismon pere.— Sivous voulez, reprit Cyrus, me donnerun corps de cavalerie süffisant, j’espere,avec l’aide des dicux, le reduire ä vousenvoyer des troupes, ä vous payer letribut, je dis plus, ä le mettre dans nosintürels plus qu’il n’y est ä present. —Je me flaue qu’en effet tu y reussirasplusaisement quemoi. J’ai oui direquequelques-unsde ses fils ont chasse quel-quefois avec toi: probablement ils vien-dront le trouver; et des que tu te serasassure d’eux, tu ameneras les chosesau point oü nous les desirons. —Vouspensez donc qu’il importe que nolredessein reslebiensccret?—Oui, parcequ’ils donneronl plulöl dans le piege,et qu’on les surprendra lorsqu’ils s’yattendront le moins. — Ecoutez donc,et voyez si je raisonne jusle. Il m’eslsouvent arrive de mener lous mes Per-ses ä ia chasse \ers les frontieres qui
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söparent vosEtats d’avec l’Arm&iie, etmeme de me faire suivre de quelquesescadrons de votre cavalerie. — Tupeux faire encore la m&me chose, sansporter ombrage ä l’ennemi; mais si tumenes plus de troupes qu’ä l’ordinaire,tu deviendras suspect. — Ne peut-onpas imaginer un pretexte aussi plausi-ble pour nos soldats que pour les Ar-meniens eux-memes? on dira que jeprojette une grande chasse; et je vousdemanderai publiquement de la cava-lerie. — Fort bien : moi, de mon cöt6,je feindrai de ne pouvoir t’en donnerque tres-peu, sous pretexte que je veuxvisiter mes frontieres du cöle de l’As-syrie; et de fait, mon dessein est d’yaller pour les fortifier le plus possible.Mais lorsque tu seras arrive avec testroupes, et que tu auras chasse pendantdeux jours, je t’enverrai la meilleurepartie de la cavalerie et de l’infanterieque j’ai rassemblees; et des que tu l’au-ras, tu entreras dans le pays ennemi,tandis qu’ä la töte du reste de mon ar-meeje tächerai de ne pas m’eloigner,pour me montier au besoin. »
Toutes ces mesures prises, Cyaxarefixa le rendez-vous de la cavalerie et deson infanterie vers les frontieres, et lesfit preceder de voitures chargees de mu-nitions. De son cöte, Cyrus sacrifia auxdieux, pour obtenirun heureux voyage:en meme temps il envoya demander äCyaxarequelques-uns de ses plusjeunescavaliers. La plupart temoignaient ungrand desir de le suivre; mais Cyaxarene le permit qu’ä un petit nombre.
Dejä ce prince avangait, avec sesnombreuses troupes, vers la frontiered’Assyrie : dejä Cyrus, encourage pard’heureux augures ä son expeditiond’Armenie, etait pari! avec sa troupe,comme pour une chasse. Il entrait äpeine dans les plaines, qu’un lievrc selcve tout-ä-coup; un aigle, qui volait
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