LA CYROP«DIE. — UV. V. 695
ä ceux qu’il ne pouvait aller voir, desgens pour les soigner. C’esl ainsi queles Cadusiens passerent la nuit.
Le lendemain ä la pointe du jour,Cyrus convoqua, par un heraut, leschefs des ullies et tous les Cadusienssans exception, et leur tint ce discours :«Genereux allies, imputons ä la con-dition humaine le malheur qui vientd’arriver; il n’cst pas etonnant quedes hommes fassenl des faules; maisdu moins tirons une inslruction de cetevenement: apprenons que des troupesinferieures en nombreä celles de leursennemis ne doivent jamais se separerdu gros de l’armee. Je ne dis pas, ce-pendant, qu’il ne faille en aucunecir-constance s’exposer ä faire une marchequi serait necesouire, meme avec uncorps moins nombreux que n’etait ce-lui des Cadusiens, lorsqu’ils sont entressur les terres du roi d’Assyrie; mais ilfaut que ce soit de concert avec le gene-ral, qui a des forces süffisantes pourproteger l’entreprise : s’il arrive quelleechoue malgre cette precaution, il estpossible aussi que le general, par quel-que stratageme, öte aux ennemis l’en-vie d’attaquer son delachement, et qu’ilparvienne ä le mettre ä l’abri de touteinsulte, en leur suscitant ailleurs desaffaires plus pressantes. Lorsqu’on s’e-loigne ainsi de l’armee, on n’eu estpoint separe, on tienl toujours au corps.Au contraire, l’officier qui part suivide sa troupe, sans dire oü il la mene,ne differe point de celui qui se met seulen Campagne.
« Au reste, poursuivit Cyrus, avecl’aide des dieux, nous ne tarderons pasä nous venger. Aussitöt que vous aurezdine, je vous menerai sur le champ debataille; nous donnerons la sepultureaux morts. Si le ciel nous seconde,nous montrerons aux Assyriens, dansle lieu meine oü ils se flattent d’avoir
eu quelque superiorite , des troupesplus braves que les leurs; et nous lesreduirons ä ne plus regarder avec plai—sir les champs oü ils ont defait nosallies. S’ils ne viennent point ä notrerencontre, nous brülerons leurs vil-lages, nous ravagerons la Campagne,afin qu’ils ne voient plus d’objets quiles rejouissent, et qu’ils n’aient plusque le spectacle de leurs propres cala-mites. Que les chefs, ajouta-t-il, aillentprendre leur repas. Vous, Cadusiens,des que vous serez retournes ä votrequartier, choisissez vous-memes, selonvotre usage, un chef pour veiller ä vosbesoins, sous la protection des dieuxet sous la mienne : quand vous aurezdine, vous m’enverrez celui que vousaurez choisi. » 11s procederent sansdelai ä l’election.
Cyrus ayant fait sortir les troupesdu camp, et assigne, au chef que lesCadusiens venaient d’elire , le postequ’il devait occuper : « Aie soin, luidit-il, de faire marcher pres de moi lessoldats, afin que nous travaillions en-sembleä les ranimer. » L’armee partit:lorsqu’elle fut arrivee au lieu oü lesCadusiens avaient eie battus, on en-lerra les morts, on pilla la Campagne,et les troupes rentrerent, chargees debutin, sur les terres de Gadatas.
Il vint alors en pensee a Cyrus queles peuples voisins de ßabylone quiavaient embrasse son parti seraientmaltraites apres son depart. Il chargeadonc tous les prisonniers qu’il mit enliberte et qu’il fit accompagner par unheraut, d’c./inoncer de sa pari au roid’Assyrie, que si ce prince s’engageaitä ne point troubler les travaux deslaboureurs donl les maitres l’avaientabandonne pour entrer dans l’alliancedes Perses, lui, Cyrus, traiterait demöme et ne vexerait en aucune ma-niere les laboureurs assyriens. « Si vous