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Tome premier.
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LA CYROPftDlE. — UV. V. "01

Assyriens? n’avons-nous pas fait main-basse sur la plus grande partie des en-nemis qui etaient venus vous attaquer,et contraint le resle ä nous livrer, lesuns leurs armes, les autres leurs che-vaux ? De plus, les richesses de ceuxqu’on voyait auparavant piller votrepays sont aujourd’hui entre les mainsde vos amis, qui les apportent pourvous et pour eux, si vous le permetlez.Enfin, et c’est lä le Service le plus im-portant et le plus signale, vous voyezvotre domaine agrandi, celui de vos en-nemis resserre; plusieurs de leurs chä-teaux en votre pouvoir; les vötres, queles Syriens vous avaient enleves, ren-tressous votre obeissance. En verile, jeserais honteux dedire que je desire sa-voir si ces differentes actions sont bon-nes ou mauvaises; je suis pret nean-moins ä vous öcouter: expliquez-vous,je vousprie. »

Cyrus ayant cesse de Darier, Cyaxarelui repondit: « Non, Cyrus, on ne sau-rait.dire qu’il y ait rien de reprehensi-ble dans ce que vous avez fait; maissachlez que plusj’en retire d’avantages,plus je me sens Charge d’un poids quim’accable. J’aimerais beaucoup mieuxavoir recule les limites de vos etats avecmes troupes que de vous devoir parelles l’agrand issement des miens. Ce quevous avez fait, Cyrus, en tournant ävotre gloire, me couvre de honte. 11 meserait bien plus agreable de vous fairedes presens que de recevoir ceux quevous m’offrez ; car c’est en me depouil-lant que vous m’enrichissez. Je seraismoins afllige si les Medes avaient a seplaindre de vous que je ne le suis deles voir combles devosbienfaits. Voustrouverez que ma fagon de penser n’estpas raisonnable; mais changeons deröle : supposez un moment que c’est devous, non de moi, qu’il est question.Q»e diriez-vous, si vous eleviez des

chiens pour la garde de votre maison,et qu’un etranger, en les caressant,parvint a etre plus connu d’eux quevous-möme, vous rejouiriez - vous dusoin qu’il aurait pris? Cette comparai-son vous parait-elle trop peu sensible;supposons que quelqu’un prit un telascendant sur I’esprit de ceux qui sont ävotre Service, domestiques ou soldats,qu’ils aimassent mieux lui appartenirqu’ä vous, lui sauriez-vous beaucoupdegredelaconduite qu’il aurait tenuepour se les attacher? Tirons une autrecomparaison de la chose du monde laplus chöre aux hommes etdontilssontle plus jaloux. Qu’un homme, parsesassiduites, reussisse ä se faire aimer devotre femme plus que vous, ce succesvous rejouira-t-il ? Je suis sür que bienloin de vous rejouir vous seriez mor-tellement blesse. Mais, et ceci a plusde rapport avec la position ou je metrouve, si quelqu’un avait tellementgagne l’affection des Perses que vousavez amenes, qu’ils vous abandonnas-sent pour le suivre, compleriez-vous cethomme au rang de vos amis ? Vous leregarderiez, je crois, comme un ennemiqui yous eüt fait plus de mal que s’ileüt tue une partie de vos soldats.

« Allons plus loin. Si un de vos amisä qui vous auriez dit, par honnetete,prenez de mes biens ce qu’il vous plaira,s’avisail de prendre, ä la faveur de cetteoffre, tout ce qu’il pourrait empörter,et s’enrichissait ainsi ä vos depens, vouslaissant ä peine le necessaire, n’auriez-vous point de reproches ä lui faire? Sivos torts avec moi ne sont pas precise-ment les memes, ils different peu. Vousconvenez qu’aussitöt que je vous euspermis d’emmener ceux de mes sujetsqui voudraient vous suivre, vous par-tites avec toutes mes troupes, et quevous me laissätes seul. Vous m’appor-tez aujourd’hui le butin que vous avez.