LA CYROPtolE
de honte, tremblait de crainte d’elreencore maliraite par Cyrus.
Le prince, instruit de ce detail, lefit appeler, et lui parlant seul ä seul :
« Araspe, je te vois tremblant et confus;rassure-loi. J’ai oui dire que des dieuxont ete vaincus par l’amour; et je saisdans quels ecarls il a souvent entraineles hommes reputes les plus sages :moi-memejesens, quand je me trouveavec de belles femmes, que je n’ai pasassez d’empire sur moi pour les regar-efer d’un oeil indifferent. C’est moi,el’ailletirs, qui suis cause de ton mai-lten r , moi qui t’ai enferme avec cetinvincibleennemi.—Ah! Cyrus, tu esteajours toi-rneme, bon et indulgentpour les faiblesses de l’humanite, tan-dis que les aulres hommes ne cherchentqu’ä m’accable». Depui« que le bruit(k- mon inforlune s’est repandu, mesennemis me raillent, et mes amis mepres6ent de me cacher, pour me dero-ber au fraitement dont ils craignent quetune punisses mon crime. —Eh bien,Araspe, apprends que ces bruits-lä temettent ä portee de nous rendre, ä nosallies et ä moi, un important service.— Plüt au ciel, repondit Araspe , quej’eusse encore une occasion de teservir !
« Si tu veux feindre de me fuir, etpasser, sous ce pretexte, dans l’armeeermemie, je suis sur qu’on ajoutera foiä tout ce que tu diras.— Je n’en doutepas, repartit Araspe; et je suis con-vaineu que mes amis ne manquerontpas de publier que c’est lä le molif dema retraite. — Tu reviendras donc in-strnit du seeret des ennemis : coinmeils auront confiance en toi, ils te ferontPMt de leurs desseins et de leurs res-sources, et tu n’ignoreras rien de toutce qu’il nous imporle de savoir. — Jepars ä l’heure merae, dit Araspe : soisSftt qu’on ne me suspectera pas en nie
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voyant fuir dans Je momerit oh je doisredouter ton courroux.
«Mais auras-tu bien le courage dequitter la belle Panthee ? — Seigneur,j’eprouve sensiblement que j’ai deuxämes; c’est une philosophie que vientde m’enseigner l’amour, ce dangereuxsophiste; car enfin une äme ne peutelre en meine temps bonne et mauvaise,avoir ä la fbis dös penchans horin&teset des penchans honteux , vouloir unechose et ne la vouloir point. Oui, sanscontredit, nous avons deux ämes; quandla bonneesl maitresse, eile fait le bien;quand la mauvaise prend le dessus, eilese livre ä des exces honteux. A presentque ma bonne äme est forte de tonsecours, eile a sur l’autre un empireabsolu. — Quoi qu’il en soit, repliquaCyrus, si tu es decide ä partir, voici ceque tu teras pour gagner la confiancedes ennemis. Fais-leur pavt de nos pro-jets; mais ne leur en d6convre que cequ’il faut pour cfeconcetter les leurs.Or, tu y reussiras si tu leur dis, parexemple, que nous nous preparons äfaire une invasion dans leur pays; la’ crainte que chacun aura pour ses pro-pres domaines les empechera de reu-nir leurs forces dans le meine lieu. De-meure avec eux le plus long-iemps quetu pourras : c’est lorsqu’ils seront feplus pres de nous que nous aurons leplus besoin de tes avis. Engage-les ächoisir m6me l’ordre de bataille le plusfort. Tu le connaitras bien sans doute,quand tu reviendras nous rejoindre; etil faudra de toute necessite qu’ils s’yarrelent. Un changement subit met-trait toute leur armee en desordre. *Araspe, muni de cette inslruction, sor-tit du camp, accompagne de ses plaSfideles serviteurs, apres avoir tenu äquelques personnes les propos qu’itjugea propres ä favoriser ses desseinS.
Des que Panthee eut appris la re-45 ,