Xf.NOPHON.
710
de soldats qu’on en pourrait enröler, etfaire ä propos des largesses; que dejäiis avaient ä leur solde quantile deThraces armes de longues epees; quecent vingt mille lSgyptiens porlant deshacfaes, d’enormes boucliers qui lescouvraienl de la tele aux pieds, et delongues piques pareilles ä celles dont iisse servent aujourd’hui, etaient en mer;qu’ils attendaient encore une armee deCypriens; que dejä lous les Ciliciens,les habitans de l’une et l’autre Phry-gie, les Lycaoniens, les Paphlagoniens,les Cappadociens, les Arabes, lesPhe-niciens et les Assyriens etaient arrives,le roi de Babylone ä leur löte; que lesloniens, lesfiolienset presque lous lesGrecs d’Asie avaient ete contraints desuivre Cresus; que Cresus avait envoyesolliciter 1’alliance des Lacedemoniens;que le rendez-vous general etait sur lesbords du fleuve Pactole ; que de lä ondevait marcher vers Thymbrara, oüs’assemblent encore de nos jours lesBarbares de la Basse-Syrie, soumis äla domination des Perses; qu’enfin onavait ordonne ä tous ceux qui auraientdes vivres ä vendre, de les porter dansce lieu. Ce rapporl etait confirme parles prisonniers; car Cyrus s’attachaitsurtout ä la poursuite de gens dont ilfüt possible de tirer quelques instruc-tions; il faisait aussi passer chez l’en-nemi des espions vetus en esclaves, quise donnaient pour transfuges.
A ces nouvelles, commc cela devaitötre, tous les soldats etaient dans l’in-quietude; iis allaient et venaieut plussilencieux qu’auparavanl; iis n’avaientplus leur garte; on s’assemblait parpelotons, on se questionnait, on rai-sonnait.
Cyrus, remarquant que la terreur ga-gnait son armee, fit appeler les princi-paux chefs et tous ceux dont l’abatte-ment eüt ete aussi prejudiciable qtte
leur assurance devait 6tre utile. Il or-donna aux gardes de ne point repousserles soldats qui se presenteraient pourentendre cequ’il allait dire. Quandilsfurent arrivds, il leur lint ce discours :
« Mes amis, je vous ai mandes, m’a-percevant que plusieurs d’enlre vousparaissent effrayes depuis les nouvellesqui nous sont venues de l’ennemi. Ilparait etrange que quelqu’un parmivous tremble parce qu’on nous a dit quel’ennemi rassemble ses troupes, et quevous ne soyez pas remplis de confianceen voyant maintenant que nous som-mes et plus nombreux et, gräce au ciel,en bien meilleuretat que lorsque nousles avons ddfaits. Grands dieux! oü enseriez-vous donc, vous que la crainteabat, si l’on vous annongait qu’une ar-mee teile que la nötre rnarche contrenous? Vous entendriez dire premiere-ment : Les mömes ennemis qui vousont dejä vaincus, enfles de leur premiersucces, reviennent vous attaquer. Onvous dirait ensuite : Ceux qui ont misen fuile vos archers et vos gens de traitarrivent avec un renfort considerable detroupes qui ne leur cedent point en bra-voure. Leur Infanterie, pesamment ar-mee, mit la vötre en dtroute; aujour-d’hui, leur ca Valerie, armöe de möme,va se mesurer avec la vötre. Ce n’estni avec l’arc et le dard, ni de loin,quechaque cavalier prelend combatlre,mais de pres, et un redoutable javeloten main. 11s ontdeschars construits,non pour fuir comme autrefois, maispour se faire jour ä travers les batail-lons. Les chevaux qui les tirent sontbardes; les cochers, places dans destours de bois, ont le casque en töte, etla partie de leur corps qui excöde lahauteur du siege est couverte d’unecuirasse; les essieux sont armes de lon-gues faux de fer; d’ailleurs, iis ont desehameaux mont^s par des soldats, 6t