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Tome premier.
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xßNOPHON.

Cet oracle me combla de joie, je crusque les dieux m’accordaient le bonheur,en le faisant dependre d’une chose sifacile. On peut, me disais-je, connaitreou ne connaitre pas les autres; mais iln’y a pas d’liomme qui ne se connaisselui-meme. Depuis ce moment, et lautque j’ai vecu en paix, la mort seule demon lils m’a donne lieu d’accuser la for-tune. Ce n’est qu’en prenant les armescontrcloi, ä la sollicitation du roi d’As-syrie, que je me suis vu expose ä touteSorte de dangers; cependant, commejem’en suis heureusement garanti, ien’accuse pas le dieu; car des que j’eusreconnu que je n’elais pas en etat de re-sisler, je me relirai sans echec, moi etles miens, gräce ä la protection de cedieu. Peu de lemps apres, enorgueillide mes richesses, gagne par les priereset les dons de plusieurs nations qui mepressaient d’etre leur clief, seduit pardes hommesqui me disaient, pour meflatter, que tous, si je voulais Comman-der, m’obeiraient, que je serais le plusgrand des morteis; enfle de ces propos,me voyant appele au commandemenlgeneral par tous les rois circonvoisins,je l’acceptai; je crus que je parviendraisau faite de la gloire. C’etait bien mal meconnaitre que de me croire capablede soulenir une guerre conlre Cyrus,Cyrus descendant des dieux, issu dusang des rois, et forme des l’enfance äla vertu; tandis que le premier de mesai'eux qui fut roi passa, dit-on, del’esclavage sur le träne. Certes, pourm’etre ainsi meconnu, c’est avec jus-tice que je suis puni. Aujourd’huienfin je me connais mieux ; maiscrois-tu que l’oracle d’Apollon soit en-core verilable, cet oracle qui m’an-non?ait que je serais heureux des queje me connaitrais moi-meme! Je tefais cette question, parce qu’il mesemble que tu peux y repoudre sur-

le-champ : il ne tient qu’ä toi de jus-tifier l’oracle.

« Toi-m6me, dit Cyrus, conseille-moi sur cela ; car quand je considereta felicite passee, je suis altendri surtaSituation presente. Je te rends donc tafemme, tes filles (j’apprends que tu enas), tesamis, tes serviteurs; ta tablesera servie comme eile l’a ete jusqu’ici;seulement je t’interdis la guerre et lescombats.— Par Jupiter! ne cberchepas d’aulre reponse ä ma qiieslion : situ fais ce que tu dis, je jouirai desor-mais de cette vie paisible qu’ä monavis on a raison de regarder comme laplus heureuse. — Et qui jamais a jouide cette vie fortunee?— Ma femme,repliqua Cresus: eile a toujours par-tage mes biens, mes plaisirs, mesamusemens, sans se donner aucunepeine pour se les procurer, sans se m6-ler ni de guerre, ni de combats. Puis-que tu parais me destiner l’etat que jeprocurais ä celle qui m’est plus chereque le monde entier, je crois devoirenvoyer au dieu de Delphes de nou-veaux temoignages de ma reconnais-sance. » Cyrus admirait dans ces pa-roles sa tranquillite d’äme. Depuis cejour, il le menait avec lui dans tousses voyages, soit pouren tircr quelqueService, soit pour s’assurer mieux desa personne.

3. Apres cet entretien, les deuxprinces allerem se reposer. Le lende-main, Cyrus convoqua ses amis et lescliefs de l’armee. Il commit les unspour recevoir les tresors de Cresus; ilenjoignit aux autres de mettre ä partpour les dieux ce que les mages ordon-neraient, d’enfermer le reste dans descoffres, et de les charger sur des cha-riots; puis de dislribuer les chariotsau sort, et de les faire marcher ä lasuite de l’armee, partout oü l’on irait,afin d’avoir toujours sous la main da