732
XfiNOPIlON.
sa troupe rangee sur deux files; et auxallies, de marcher ä la suite des Perses,dans l’ordre accoutume. Lorsqu’ils fu-rent arrives, il fit descendre, dans l’en-droitdu fleuve qui etait presque ä sec,plusieurs de ses gardes, fanlassins etcavaliers, pour eprouversi le fond etaitsolide. Sur leur reponse, qu’on pouvaitpasser sans danger, il assembla les chefsde la ca Valerie et de l’infanterie, et leurtint ce discours :
« Mes amis, le fleuve nous offre uneroute pour penetrer dans la ville : en-trons-y avec assurance et sans crainte.Les ennemis contre lesquels nous allonsmarcher sont les mömes que nousavonsdejä vaincus lorsqu’ils avaient desallies, qu’ils n’etaient appesantis ni parle sommeil ni par le vin, qu’ils ölaientcouverts de leurs armes, et langes enordre de bataille. Dans le moment oünous allons les altaquer, la pluparl sontivres ou endormis; la confusion est ge-nerale, et la frayeur l’augmentera en-core, lorsqu’ils apprendront que noussommes dans leurs murs. Quelqu’un devous craint-il le danger que l’on court,dit-on, en entrant dans une ville en-neinie? Craint-il que les assieges, duhaut de leurs maisons, ne nous lancenldes trails de loutes parts? Que ce prö-tendu peril ranime au contraire volreardeur. Si les Babyloniens montent surleurs toits, Vulcain combattra pournous. Leurs portiques sont de matierecombustible; des portes de bois de pal-mier, enduites de bitume, prendrontaisement feu ; nous sommes munis detorches qui bientöt produironl un grandembrasement; nous avons de la poix etdes etoupes qui commumqueront laflamme avec rapidite; en sorte que lesassieges ou s’enfuiront precipitammentde leurs maisons, ou y seront brüles.Allons, amis, prenez vos armes. Jemarche ä votre töte, sous la protection
des dieux. Vous, Gadatas et Gobryas,qui cönnaissez les chemins, soyez nosguides : quand nous serons entres dansla ville, conduisez-nous droit au palaisdu roi. — Il ne serait pas etonnant,dit Gobryas > que les portes du palaisfussent ouvertes durant cette nuit, oütoute la ville est occupee de rejouis-sance; mais nous trouverons certaine-ment une garde pres des portes; on nemanque jamais de l’y etablir. — II nefaut pas negliger cet avis, reprit Cyrus:hätons-nous donc, pour surprendre lagarde cn desordre. »
Cela dit, les troupes se mettent enmarche. Tous ceux qu’elles rencontrentdans lesrues de la ville, ou sont passesau fil de l’epee, ou se sauvent dans lesmaisons, ou jettent l’alarme par leurscris : les soldats de Gobryas repondentä ces cris, corame s’ils etaient leurscompagnons de debauche, et, prenantle chemin le plus court, arrivent aupalais, oü ils se reunissent ä la troupede Gadatas. Les portes etaient fermees,et les soldats de la garde buvaientautourd’un grand feu : ceux qui avaient ordrede les atlaquer, en les chargeant avecimpetuosile, leur font sentir qu’ils neviennent pas les visiter comme amis.Au bruit, aux cris qui s’elevent et quipenetrent dans l’intörieur du palais, leroi ordonne qu’on s’informe d’oü naitce tumulte. Quelques-uns des siens sehälent d’aller en dehorsäla decouverte:on leur ouvre les portes. Gadatas, pro-fitant du moment, entre avec sa troupe.Ceux qui voulaienl sortir retournentsur leurs pas en courant; Gadatas lespoursuit, et les mene baltant jusqu’au-pres du roi, qu’il trouve debout, unpoignard ä la main. Les soldats de Ga-datas et de Gobryas fondentsur lui, etle luent. Ceux qui etaient avec lui su-bissent le möme sorl, les uns en eher-chant ä parer les coups, les autres en