DE L’ETAT ACTUEL
CHAPITRE I«.
Tableau de la polilique acluelle; son paralleleavec celle des anciens; ses vices; obsiaclesqu’elle apporte ä la prospäritg et ä la gran-tle ur des peuples.
Si l’on entend par politique , I’art den^gocier, ou plutöt d’intriguer; celuide fomenter sourdement quelque revo-lution, de Iier ou de rompre, dans l’obs-curite des cabinets, quelques traitösd’alliance, de paix, de mariage ou decommerce, nous sommes sans doute a/et egard, superieurs aux anciens; nousy apportons plus de finesse et plus d’es-prit qu’eux. Mais si la politique est laScience vaste et sublime de regir unetat au dedans et au dehors, de dirigerles interöts particuliers vers l’interötgeneral, de rendre les peuples heureuxet de les attacher ä leurs gouverne-mens, convenons qu’elle est totale-ment inconnue ä nos administrateursmodernes qui ne peuvent se compareraux Licurgue, aux Pericles , aux Numa,aux grands hommes d’etat de la Grece et de Rome Convenons que le s6nat
[ romain, dans le temps de sa splendeur,nous rappelle cet Atlas fabuleux quisoutenait le fardeau du monde; tandisque nos gouvernemens ne sont que desmachines frßlcs et compliqudes, aux-quelles la fortune et les circonstancesimpriment des mouvemens irreguliers,incertains et passagers comme eiles.
Je ne suis point admirateur aveugledes anciens. Je sais ce qu’une longuesuite de sidcles, les t4n&bres de l’igno-rance, le prestige de l’histoire, la pr6-vention de nos esprits leur prßtent decolossal et de merveilleux. Je sais que,de m6me que les astres voisins de l’ho-rison se peignent plus grands ä nosyeux, que quand, plus rapproches denous, ils s’elevent sur nos tötes, lesheros,ainsi que les 6vbnemens quenous apercevons dans le lointain del’antiquite, acquiereDt, a nos regards,unegrandeur que n’ont jamais les ob-jets contemporains. Fortifie contrecette illusion, je ne juge presque ja-mais les choses telles que l’histoire meles represente. Je ne place pas leshommes au-dessus de l’humanitA Je