STRATEGIE. 829
simple que les critiques ne lui ont pasmanque. On a objecte qu’il elait fortais£ de recommander de porter sesprincipales forces sur les points deci-sifs et de savoir les y engager, maisque l’art consistait precisement ä bienreconnailre ces points.
Loin de contester une verite si naive,j’avoue qu’il serait au moins ridiculed’^rnettre un pareil principe general,sans l’accompagner de tous les d6ve-loppemens necessaires pour faire sai—sir les differentes chances d’applica-tion; aussi n’ai-je rien neglige pourmettre chaque officier studieux en etatde döterminer facilement les pointsdecisifs d’un öchiquier stratögique outactique, On trouvera, <a l’article 19ci-aprfes, la ddfinition de ces diverspoints, et on reconnaitra dans tous lesarticles 18 ä 22, les rappiorts qu’ils ontavec les diverses cornbintaisons d’uneguerre. Les militairess qtui, apres lesavoir medites attentiv'ement, croiraientencore que la d6termination de cespoints decisifs est un probleme inso-luble, doivent desesp^rer de jamaisrien comprendre k la Strategie .
En effet, un theätre g£n6ral d’ope-rations ne presente gu&re que troiszönes, une k droite, une k gauche,une au centre. De möme , chaquezöne, chaque front d’op^rations, cha-que position stratögique et ligne dedefense, comme chaque ligne tactiquede bataille, n’a jamais que ces mömessubdivisions, c’est-ä-dire deux extre-mites et un centre. Or il y aura tou-jours une de ces trois directions quiSera bonne pour conduire au but im-* portant que l’on veut atteindre; unedes deux autres s’en öloignera plus oumoins, et la troisieme lui sera tout äfait opposee. Des-lors, en combinantles rapports de ce but avec les posi-tions ennemies et avec les points geo-
graphiques, il semble que toute ques-tion de mouvement strategique, com-me de manoeuvre tactique, se reduiratoujours ä savoir si. pour y arriver,l’on doit manceuvrer ä droite, ä gau-chc, ou directemenf devant soi : Iechoix entre. trois alternatives si simplesne saurait 6tre une dnigme digne d’unnouveau sphinx.
Je suis loin de pretendre nöanmoinsque tout l’art de la guerre ne consisteque dans le choix d’une bonne direc-tion ä donner aux masses; mais on nesaurait nier que c’est du moins lepoint fondamental de la Strategie . Cesera au talent d’exdcution, au savoir-faire, ä l’energie, au coup-d’oeil, ä Com-puter ce que de bonnes combinaisonsauront su preparer.
Nous allons donc appliquer d’abordle principe indiqud aux differentescombinaisons de la Strategie et de latactique, nous reservant de prouver,par l’histoire de vingt campagnes ck-lebres, que les plus brillans succbs etles plus grands revers furent, k trfcspeu d’exceptions pres, le resultat del’application ou de l’oubli que l’on enfit (1).
Du Systeme des op^rations.
La guerre une fois resolue, la pre-miere chose k decider, c’est de savoirsi eile sera offensive ou defensive.Avant tout,il convient de bien d6-finir ce qu’on entend par ces mots.
L’offensive se präsente sous plu-sieurs faces : si eile est dirigße contreun grand Etat, qu’elle embrasse, sinon
(1) On trouvera la relation de ces vingt cara-pagnes, avec cinquante plans de batailles, dansVHütoire de la guerre de sept ans, dans ceCedes guerres de la Revolution, et dans la Yie po-litique et militaire de Napoleon , publies par lageneral Jomini .