SAINT-PIERRE ET MIQUELON. 33
Saint-Pierre.
« Quand nous fûmes mouillés dans la rade, en dedansdu cap à l’Aigle el vis-à-vis de Me aux Chiens, le pano-rama de Saint-Pierre se découvrit à nous. — Dans le fond,en face de nous, un groupe de maisons en bois à un étage,presque toutes noircies par l’âge et surtout les pluies ;■ unehabitation un peu plus haute, ressemblant assez bien à lademeure d’un bon bourgeois dans les environs de Paris ,moins les sculptures que le goût moderne y ajoute, maisbien et dûment garnie des inévitables persiennes vertes :c’est la demeure du commandant de Me ; plus loin, le clo-cher d’une église assez jolie, en bois comme tout le reste ;en face du gouvernement, un petit port intérieur qui portele nom très usité dans ces contrées de barachoix, où seréfugient les goélettes quand la rade n’est pas tenable, cequi arrive assez souvent et surtout l’hiver ; puis une ma-nière de fortin dont l’usage réel ne paraît être autre quecelui de donner des canons à prendre à un ennemi quel-conque ; enfin, à droite et à gauche, des cases éparses etdes graves ou plages artificielles, construites en cailloux, oùsèche la morue. En revanche, pas un arbre, l’herbe mêmene semble pousser qu’à regret. Les hauteurs qui montrentsans souci et sans prétention la nudité de la roche nativeont leurs replis couverts d’une sorte de végétation rous-sâtre, sèche à la vue, de l’aspect le plus repoussant.
» Quand on a traversé la rade et mis le pied sur cetteterre si peu engageante, les premières impressions vont sefortifiant de plus en plus. On ne voit que pierres, terremouvante, tourbes et marécages. Dans quelques lieux, onse prend les jambes dans ce qu’on appelle la forêt. C’est
s’étaient jadis établis dans l’Acadie . Pendant la guerre de Sept ans, abandonnéspar Louis XV , les colons acadiens furent brutalement dépouillés de leurs bienset déportés sur la terre étrangère par les Anglais victorieux (1755). En 1764,un grand nombre se réfugièrent à Saint-Pierre et à Miquelon. Le poète améri-cain Longfellow a fait de la catastrophe acadienne le sujet d'un récit simpleet touchant, dans le poème d’Evanyelme. (V. une analyse <¥ k'vangeline, parM. Léo Quesnel, dans la Reçue politique et littéraire du 1 er avril 188S.)
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