SAINT-PIERRE ET MIQUELON.parts des glaces énormes. La neige couvre la terre à unegrande épaisseur, et comme l’humidité domine encore larigueur du froid, on est toujours au milieu des horreursd’un dégel qui s’arrête à chaque instant, pour recommencerpresque aussitôt. Puis Saint-Pierre jouit d’un fléau particu-lier à ces parages, et qui mérite une mention honorable :c’est le poudrin. Le poudrin consiste en une sorte d’essencede neige qui tombe par tourbillons, fine et drue commedu sable. Le poudrin s’introduit par les moindres ouver-tures. Il suffit d’une fente à une porte, d’un carreau maljoint à une fenêtre, pour que le poudrin se fasse un passageet pénètre dans une maison. Aussitôt qu’il tombe, l’air estglacial. On ne voit plus devant soi. En quelques instants,les chemins sont couverts d’une nappe blanche et dispa-raissent. Le voyageur aveuglé risque de perdre la tête. S’ilne rencontre pas promptement un refuge, il est en dangersérieux. Il y a peu d’années, un enfant de Saint-Pierre setrouva dehors au moment où le poudrin commençait, lafamille signala aussitôt son absence ; les marins d’unnavire de l’État mouillé en rade se mirent à sa recherche aupéril de leur vie. Toute la nuit, ils coururent sans rientrouver, et le lendemain malin, on l’aperçut contre unrocher, la tête appuyée sur sa main, enseveli jusqu’au coudans la neige, paraissant endormi ; il était mort.
» Pour toutes ces raisons, et surtout parce que la pêchene peut se faire en hiver, Saint-Pierre n’a qu’une très faiblepopulation permanente, composée des fonctionnaires publicset de quelques centaines de marins nés dans l’ïle, avec leursfamilles. Ces hommes sont presque tous Normands ouBasques d’origine, mais comme les familles se sont alliéesentre elles, leur sang est mêlé et un type mixte en estrésulté. Ce sont des pêcheurs, pour la plupart très pauvreset qui se bornent à exploiter les côtes de l’île, où ilsprennent des morues et des harengs.
» L’île ne produisant rien que quelques légumes dans demisérables jardins créés avec beaucoup de peine, toutes lesressources alimentaires sont apportées par les navires. Lafarine vient généralement des États Unis , le bétail de la