30 LECTURES ET ANALYSES DE GÉOGRAPHIE.
Nouvelle-Écosse , les moutons de Terre-Neuve, qui fournitaussi les bois de construction pour les maisons et les maga-sins.
» Saint-Pierre n’aurait aucune importance s’il ne possé-dait jamais que sa population en quelque sorte indigène.Heureusement vers la fin de l’hiver, l’aspect de la rade et dubarachoix change tout à coup, le poudrin cesse de tomber,les maisons où l’on se tenait barricadé s’ouvrent de toutesparts ; les auberges, qui sont en grand nombre, depuis leLion d'Or jusqu’au moindre cabaret, arborent à leursfenêtres les appâts séduisants de bouteilles de tous lesformats, et une multitude de navires, venant du large,débarquent sur le quai une population nouvelle qui arrivede tous les ports de France , depuis Bayonne jusqu’à Dun kerque , et qui fait monter parfois le chiffre des habitantsde l’île à dix, douze et même quinze mille âmes. C’est là, àsa façon, à un certain point de vue, une population trèsdistinguée, très fière d’elle-même, qui se considère commeune espèce d’élite dans la création, et qui, en vérité, n’a pastout à fait tort. En un mot, ce sont les pêcheurs des bancsqui font là leur provision de vivres pour eux-mêmes,d’appât pour le poisson qu’ils veulent prendre, ou bien qui,dans le cours de la campagne, viennent emmagasiner ouvendre celui qu’ils ont conquis. Ces gens-là sont au petitpêcheur indigène ce qu’un zouave peut être à un gardenational.
» Le costume de ces matelots parachevés atteint les der-nières limites possibles du désordre pittoresque. Des bottesmontant jusqu’à mi-cuisse, des chausses de toile ou delaine, amples comme celles de Jean-Bart sur l’enseigne desmarchands de tabac, des camisoles bleues et blanches ourouges, ou rouges et blanches, des vestes ou des vareusesde tricot qui n’ont plus de couleur si jamais elles en ont eu,des cravates immenses, ou plutôt des pièces d’étoffe accu-mulées, tournées, nouées autour du cou, des chapeauxénormes pendants sur le dos, ou bien des bonnets de lainebleue, enfoncés sur les oreilles, et, sortant de toutes cesguenilles, des mains comme des battoirs, des visages