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DOMINION OU PUISSANCE DU CANADA.
Quand Richelieu mourut, la France régnait au Sénégal , àCayenne , aux Antilles , à Madagascar , comme dans l’Amérique du Nord ; la devise inscrite sur les galères royales : Florentetiam lilia ponto , n’était plus un fastueux mensonge. AuCanada , la période du ministère de Mazarin est remplie parles luttes atroces des Hurons et des Iroquois, et le martyre denos missionnaires. Enfin, en 1664, M. de Tracy, nommé vice-roi, châtie les Iroquois; en 1667, l’Angleterre nous restituel’Acadie (traité de Breda), et Colbert confie au gouverneurde Conrcelles et à l’intendant Talon le soin d’établir dans lacolonie le système administratif de la mère-patrie : autoritéabsolue et centralisation excessive, police tracassière et règle-ments draconiens, qui paralysèrent les progrès et préparèrentla ruine. Mais les découvertes ne sont pas interrompues. LeRouennais Cavelier de la Salle, esprit ardent, aventureux ettrès cultivé, descend la Belle-Rivière ou Ohio jusqu’au Missis-sipi (1670). Trois ans après, Joliet et le P. Marquette s’em-barquent sur la rivière des Renards, atteignent le lac Michigan et la rivière Wisconsin , suivent le Mississipi, découvrent leconfluent du Missouri , et, après une navigation de 300 lieues,sans vivres, sans munitions, au milieu de contrées incon-nues , s’arrêtent au confluent de l’Arkansas et reviennent surleurs pas * 1 . Dans un deuxième voyage, après de longs pré-paratifs et mille difficultés vaincues, Cavelier de la Salle , pro-tégé par Talon, par le gouverneur de Frontenac et le ministrede la marine, Seignelay, marche hardiment vers le golfe du Mexique , descend le Mississipi jusqu’à son embouchure, yplante l’étendard des lys (9 avril 1682), prend possession aunom de Louis XIV de l’immense bassin du fleuve qu’il vientde découvrir, et lui donne le nom de Louisiane 2 .
Les Anglais jaloux excitèrent les Iroquois contre les colons
fer près d’Orléans en tS70, économiste et géographe distingué, a laissé entreautres ouvrages une Histoire de l’émigration européenne au dix-neuvième siècle(Paris , 1862), Notre pays (1867) ; Les colonies et la politique coloniale de laFrance , etc.
1. M. Gabriel Gravier , président de la Société normande de géographie, a pu-blié (février 1880) dans la Jlevue de géographie, une savante étude sur unecarte inconnue, la première dressée par Louis Joliet en 1674 après son explora-tion du Mississipi . L’article est accompagné de la carte inédite de Louis Jo liet , exécutée pour la Revue. Ce travail n’est pas un des moins intéressants decet excellent recueil, que M. Drapeyron dirige avec une compétence qu’égaleseul son dévouement pour la science.
2. On voit que la Louisiane française du dix-septième et du dix-huitième siècleétait infiniment plus vaste que l’État américain qui porte aujourd’hui ce nom.