02 LECTURES ET ANALYSES DE GEOGRAPHIE.
Cependant la guerre de la succession d’Autriche , qui écla-tait en 1741, avait mis les Anglais et les Français aux prisessur toutes les mers comme en Europe . La ville de Louisbourg,mal défendue par le gouverneur Duchambon et une garnisonindisciplinée, trahie par les voleries des officiers et de l’inten-dant Bigot, capitula en 1744; et les expéditions du duc d’An-ville, de Ramsay et de la Jonquière'furent désastreuses. Toute-fois Louisbourg nous fut rendu au traité d’Aix-la-Chapelle(1748) ; les Anglais avaient mieux aimé recouvrer Madras.Quant à Bigot, au lieu de châtier ses concussions, Louis XV lenomma intendant de la Nouvelle-France; pour les Anglais quiconvoitaient notre belle colonie, un pareil choix valait uneflotte.
Aux termes du traité de 1748, des commissaires devaientrégler définitivement les limites de la Nouvelle-France et de laNouveile-Angleterre. Les colons anglais n’attenclirent pasl’exécution du traité, ils envahirent notre territoire; une com-pagnie d’actionnaires anglais et virginiens formée en 1743, etautorisée par le Parlement en 17S0, installa ses agents et sesplanteurs dans la vallée de l’Ohio qui nous appartenait. Legouverneur du Canada protesta ; la commission des frontièresdiscuta cinq ans et produisit trois volumes de mémoires,bourrés de pièces et de preuves irréfutables ; les Anglais s’enmoquèrent. La Galissoimiére et, après lui, le marquis Duquesne,gouverneurs de la colonie, comprirent que des forts et despostes bien armés et bien gardés allaient être contre un ennemidéloyal les arguments les plus solides et les plus convaincants.Huit forts nouveaux et des lignes de postes militaires furentdonc élevés de Québec au Mississipi, et la milice augmentée etréorganisée : le plus célèbre de ces forts reçut le nom du gou-verneur ; le fort Duquesne, bâti au confluent des deux rivièresAlleghany et Monongahéla , est aujourd’hui la grande citéindustrielle de Pittsbourg (17S4). A la nouvelle de ces travauxde défense, le gouverneur anglais de la Virginie , Dimviddie,envoie contre le fort Duquesne, sans déclaration de guerre, unrégiment de volontaires américains commandé par un jeune etardent patriote de vingt-deux ans. Le 28 mai, une petite troupefrançaise de trente-quatre hommes, sous les ordres de Yilliersde Jumonville, envoyé comme parlementaire, est surprise aubivouac, et tous les hommes massacrés jusqu’au dernier. Lechef des miliciens américains, qui venait de se signaler par cetodieux guet-apens, était le major virginien George Washing-