Ci LECTURES ET ANALYSES DE GÉOGRAPHIE.
de leurs femmes, les terres, maisons et bestiaux des proscritsconfisqués au profit de la couronne qui les distribua à ses nou-veaux colons. Peu d’Acadiens s’établirent dans la Nouvelle- Angleterre , le plus grand nombre sur les rives du Saint-John ,quelques-uns à la Louisiane , d’autres en Guyane ; on en vitchercher un refuge en France , dans les landes du duché deChâtellerault , où ils peuplèrent un canton qui prit le nomd’Acadie . « Il n’y a pas d’exemple dans les temps modernes,» écrit M. Garneau, l’historien du Canada , de châtiment in-» fligé à un peuple paisible et inoffensif, avec autant de calcul,» de barbarie et de sang-froid, que celui dont il est ques-» tion. »
Alors commença la grande lutte. Le cabinet de Versailles ,malgré la mauvaise foi des Anglais , faisait tout pour main-tenir la paix. Une dernière perfidie lui ouvrit enfin les yeux etl’arracha à sa- torpeur. A un signal parti de l’amirauté deLondres , sans déclaration de guerre, « au mépris du droit des» gens, de la foi des traités et des coutumes des nations civi-» lisées, » les marins anglais , répandus dans toutes les mers,fondirent sur nos vaisseaux de guerre et de commerce, sur nosbateaux pêcheurs, sur nos baleiniers et nos caboteurs ; en unmois, 300 bâtiments et 10000 matelots capturés furent remor-qués triomphalement dans les ports de la Grande-Bretagne.Louis XV écrivit à Georges II une lettre indignée pour lui de-mander réparation des « pirateries » et du « brigandage » deses croiseurs, rappela de Londres son ambassadeur, et lançala déclaration de guerre (mai 1756).
Au nord-est de l’Acadie se trouve l’ile du Cap-Breton dontla capitale, Louisbourg, fondée au commencement du dix-huitième siècle, gardait l’entrée du Saint-Laurent. Des millionsavaient été prodigués pour faire de cette ville le boulevard del’Acadie, la sentinelle avancée de la France canadienne :les murs en pierre de taille avaient 36 pieds de haut etétaient flanqués de six bastions ; la rade défendue par plu-sieurs batteries était éclairée par un phare ; les chantiers, ma-gasins, casernes, établissements de tout genre faisaient decette station la clef des territoires de l’ouest. Le 28 mai 1738,une flotte formidable appareillait d’Halifax, sous les ordres del’amiral Boscawen -, elle se composait de vingt-trois vaisseauxet de treize frégates, convoyant une armée de 13 000 hommescommandée par Amherst et Wol-fe. La garnison française deLouisbourg comptait 2 300 hommes et 300 miliciens indigènes.