DOMINION OU PUISSANCE DU CANADA. Oo
Le chevalier de Drucourt, son chef, opposa une résistance dé-sespérée. A ses côtés, ou vit, pendant toute la durée du siège,sa femme affronter la mort sur les remparts, encourageant lescombattants, pointant les canons et mettant le feu aux mèches.Après deux mois de tranchées ouvertes, de larges brèchesfurent faites dans les murailles ; il fallut capituler. Le gouver-nement anglais donna l’ordre de faire sauter les fortifications,d’abattre et de brûler tout ; la population fut dispersée, et l’onfit de la ville un désert. A quelques lieues de la ville actuellede Sydney , se trouvent les ruines à peine reconnaissables del’ancienne forteresse. « Des traces de fossés éparses çà et là,» écrit M. du Hailly, un pan de mur démantelé dominant la» mer; vers l’intérieur, une enceinte de glacis en amplii-» théâtre, quelques restes de nos vastes magasins sous les» voûtes desquels s’abritent des bestiaux errants ; puis parfois,» quand la mer est calme, quelques débris de nos vaisseaux» coulés que les pécheurs prétendent apercevoir encore sur le» fond ; voilà aujourd’hui tout ce qui reste de Louisbourg. »
Au Canada se frappèrent les coups décisifs. En 1756, legouverneur Duquesne avait été remplacé par un Canadien , lemarquis de Vaudrcuil, probe et dévoué à la France , mais pleinde préjugés coloniaux, sans énergie ni clairvoyance, tout prêtà abdiquer entre les mains des intrigants. Le baron de Dieskaueut pour successeur un héros, le marquis de Montcalm. Lenom de ce dernier défenseur du Canada français est un desplus glorieux et des plus purs de son siècle 1 .
Louis-Joseph de Montcalm était né en 1712, au château deCandiac, près de Nîmes , d’une ancienne famille duRouergue,qui savait verser son sang pour la France ; suivant un dictondu pays, la guerre était le tombeau des Montcalm. Celui-cifut digne de sa race. Il se battit sous Berwick, dans la cam-pagne du Rhin , en 1734 ; en Bohème, avec Clievert dont il
1. M. de Bonnechose, dans un livre excellent, plein de faits et plein de cœur,vient de le remettre en lumière. Après M. Dussieux, il a vengé cette grandemémoire des calomnies qui ont essayé de la flétrir. L'histoire, désormais éclai-rée par les preuves, a fait enfin à chacun sa part dans les responsabilités : d'uncôté, Bigot et la pléiade de fripons qui, sous sa haute direction, organisaient lebrigandage administratif; Vaudreuil, tremblant devant Bigot, et devenu soncomplice par lâcheté autant que par ignorance; — de l’autre, Montcalm, le fierpatriote, et ses admirables lieutenants, Bougainville, Lévis , Bourlaniaquc, aux-quels il faut joindre l'honnête et actif Doreil, commissaire ordonnateur desguerres, signalant les rapines de l’administration à un gouvernement qui n’é-coutait pas ou ne voulait pas entendre. (V. aussi un intéressant article de M. Ti-bulle Ilamont, Revue des Deux-Mondes du 15 février 1879.)