76 LECTURES ET ANALYSES DE GÉOGRAPHIE,
masures sur le bord même du gouffre et sous la pluie descataractes. Il orne le domaine solitaire du grand fleuvecomme le jardin d’une guinguette ; il tente même de l’em-prisonner et de s’en faire un ouvrier docile. On regardeavec colère le vêtement mesquin que les hommes ont mis àcette nature puissante ; on aurait presque envie que le fleuvegéant nettoyât ses rives et reprît sa liberté.
» La nature américaine n’est point, comme celle d’Eu rope , un artiste habile qui semble se parer d’elle-même pourle regard des peintres. Elle dédaigne les arrangements co-quets ; elle est plus grande, plus large, plus puissante, maisaussi plus monotone : elle semble ne pas se donner la peinede nous ménager ces surprises et ces amusements auxquelsnos paysages restreints nous ont accoutumés. L’homme,d’ailleurs, n’est point encore en harmonie avec elle et necontribue pas à l’embellir. Il n’y porte que la laideur et ladévastation ; son passage se reconnaît aux forêts saccagées,aux troncs noircis et calcinés, aux terres dépouillées etarides. Les moissons, improvisées parmi ces ruines, n’ontpas la riche et féconde beauté de nos champs : elles sontnégligées, inégales, semblables à de mauvaises herbes ; leshabitations même n’ont rien de gracieux ni de rustique :ce sont des baraques de planches d’une laideur uniforme...L’homme, qui ailleurs s’assimile à la nature au point d’ensembler inséparable, apparaît ici comme un conquérantbrutal et pillard qui la défigure, pressé de l’asservir et dela dépouiller. » Ernest Duvergier de Hacranne 1 ,
Huit mois en Amérique.
(2 vol. in-18. Paris , 1866, Librairie internationale, 1.1, ch. y.)
« Nous descendons à Cataract-house, hôtel situé entreles rapides et les chutes. La chute est à deux pas ; seule-ment, elle n’est pas visible, gratis du moins. Par une com-
1. M. Ernest Duvergier de Hauranne , né à Paris en 1843, mort à Trouville en 1877, député du Cher de 1871 à 1877, n’a laissé que cet attrayant récitdevoyage en Amérique , quelques brochures politiques et une Histoire populairede la Révolution française, publiée par M“* Duvergier de Hauranne , d'après lesnotes laissées par son mari.