DOMINION OU PUISSANCE DU CANADA. 73
digieuse activité industrielle des Américains. Déjà un jolifilet d’eau formant une véritable rivière a été détourné surla rive américaine pour faire rouler des usines; et cetterivière vient se jeter plus bas que les chutes. Une trentaineou une quarantaine de saignées comme celle-là, faites desdeux côtés, canadien et américain, et le Niagara ne seraplus qu’un modeste ruisseau, comme le Rhin à Schafîouse,la chute dubois de Boulogne, ou les cascades de Tivoli. LeTonnerre des eaux (c’est ce que signifie le mot Niagara eniroquois) ne sera plus alors qu’un roulement de tambour.L’industrie aura désarmé Jupiter Tonnant 1 2 . »
J. Marcou%
Le Niagara quinze ans après.
(Bulletin de la Société de géologie^ mai 1863.)
» Je me figure ce que devait être le Niagara du temps oùil ne battait que les rochers de ses rives et ne roulait queles troncs d’arbres arrachés aux forêts, du temps où cesroutes et ces voies ferrées n’avaient pas déchiré le flanc duravin. Je me ligure le silence universel delà nature devantle tonnerre du grand fleuve, l’homme errant comme unebête sauvage parmi ses précipices, n’osant pas encore trou-bler sa majesté; et je comprends alors la grandeur duspectacle. Les Indiens vénéraient le Niagara comme la de-meure d’un grand esprit ; est venu l’Européen prosaïquequi l’a exploité. Il a semé des champs de maïs à la placedes forêts abattues, bâti des moulins dans les rapides, des
1. Le Niagara sépare le Canada des Etats-Unis : la république et la colonieanglaise possèdent donc l'une, la rive droite, et l’autre la rive gaucho des cata-ractes. Les deux Etats, chacun pour leur part, surveillent l’hydrographie dubassin, la navigation, les ports, l’entretien des canaux et les phares.
2. M. Jules Marcou, né à Salins en 1824, fut préparateur de minéralogie à laSorbonne (1846), puis géologue voyageur dumuséum, et, en cette qualité, allaétudier, en compagnie du savant Agassiz, la géologie des Etats-Unis et des pos-sessions anglaises de l'Amérique du Nord. Rentré en France en 1850, à la suited’une dangereuse maladie, il retourna aux Etats-Unis en 1853, et prit unepart active aux expéditions scientifiques ordonnées par le gouvernement amé-ricain dans les Montagnes Rocheuses et la Californie . En 1855, il fut nomméprofesseur à l’Ecole polytechnique de Zurich ; en mai 1860, il revint en Amérique et y continua ses grands travaux. Le principal, sur la géologie de l’Amériquedu Nord, a été publié en anglais (1853), Plusieurs autres publications ont étéfaites par le meme auteur sur la géologie du Jura .