DOMINION OU PUISSANCE DU CANADA. 91
pour le flottage, que commencent les dangers réels deF « homme des bois ». Il lui faut alors passer de longuesheures à l’eau, franchir des précipices sur d’étroits radeaux,descendre des rapides semés d’écueils, n’échapper à undanger que pour en affronter un plus terrible, éviter lamort cent fois pour la trouver trop souvent dans un abîme.
» Aussi quelle forte et vigoureuse population que cellequi va, pendant l’hiver, peupler les chantiers ! Tels sontles intrépides voyageurs dans la forêt, tels on les retrouvesur les radeaux flottants, lorsqu’il leur faut manier ceslourdes rames qui font mouvoir de véritables masses debois, courageux en face du danger, joyeux et insouciantsaprès les fatigues de la journée.
» C’est généralement lors de la débâcle, au milieu dumois de mars, que l’on descend le bois flotté sur les af-fluents de l’Outaouais. Il est divisé en sections que l’onappelle cribs, ayant chacune 24 pieds de longueur; soixante-dix, quatre-vingts, quatre-vingt-dix ou cent cribs formentun train de bois (cage), qui se compose ordinairement de100000 pieds cubes. Chaque crib comprend vingt-trois àtrente-six pièces de bois et de 800 à 1000 pieds cubes.
» Les radeaux évitent la plupart des cascades et des ra-pides, qui interceptent le cours des rivières, en descendantdes glissoires construites à grands frais par le gouver-nement; ce sont d’étroits canaux à forte pente, dont letalus et le fond sont garnis de madriers qui amortissentles chocs et régularisent la vitesse du courant. Un cribseul peut trouver passage dans ces glissoires, et il fauttous les détacher afin d’en opérer la descente l’un aprèsl’autre. Une fois que la chute a été tournée, les cribs sontde nouveau reliés ensemble et la descente du train debois continue. Cette opération est très longue, fait perdrebeaucoup de temps et soumet la patience des voyageursà de rudes épreuves. Il y a treize stations de glissoiressur la seule rivière de l’Outaouais.
» Presque tout le bois équarri se rend à Québec , d’où onl’exporte sur les marchés européens et surtout en Angle-terre. Douze cents navires montés par environ quinze ou