138 LKCTUB1ÎS ET ANALYSES DE GÉOGRAl’HIE.saison des crues, alors que les deux courants, larges déplusd’un kilomètre chacun, viennent avec rapidité se heurter l’uncontre l’autre, et tordre leurs eaux en vastes tourbillons.La ligne ondulée qui sépare l’eau jaune dn Missouri del’eau bleue du Mississipi change incessamment ses courbeset ses spirales selon la direction et la forme des remous.Là se rencontrent les joncs épars 1 ou les radeaux naturelsqui descendent les deux fleuves en longues processions; ilss’entremêlent et forment d’immenses rondes sur la lignechangeante des remous, jusqu’à ce qu’une vague les dé-tache et les emporte dans le courant commun. A la lignemême du confluent, l’eau du Missouri , pesante d’alluvions,s’introduit comme un levier sous l’eau plus limpide du Mis sissipi , et remonte en gros bouillons que l’on dirait solides,et qui ont l’aspect du marbre. Longtemps les deux fleuvesroulent côte à côte, sans se mélanger d’une manière com-plète, et, bien loin en aval du confluent, on voit encorel’eau relativement pure du Mississipi ramper le long de larive gauche. A la lin, l’union s’opère, et le courant, toutchargé d’argile en suspension, roule vers la mer, commeune énorme masse de boue liquide. C’en est faitdela trans-parence de l’eau; les jeux de lumière, les reflets cristallinscessent de prêter leur charme aux flots du Mississipi . Aussiles Indiens, effrayés sans doute des abîmes cachés sous lasurface du fleuve, n’ont jamais placé dans son sein de divi-nités bienfaisantes. Dans leur mythologie barbare, ils en ontfait un royaume infernal, où siégeaient de terribles mani-tous, environnés de serpents et de monstres plus affreuxencore.
» A une trentaine de kilomètres au-dessous du confluent
1. « Ce qui frappe le plus le voyageur remontant le Missouri , c’est l’immense» quantité d’arbres énormes entraînés par le courant, et quij-s’enfonçant dans* le lit boueux du fleuve, présentent une pointe souvent à fleur d’eau et causent» de nombreux et terribles naufrages. Parfois ces troncs d’arbres accrochés« ensemble et amoncelés les uns sur les autres forment des ilôts et couvrent» une étendue de plusieurs milles, et c’est à peine si les bateaux peuvent se» frayer un passage en faisant mille zigzags ; aussi est-ii impossible de navi-<• gucr la nuit, et au coucher du soleil, le steamboat est solidement amarré à■ la rive. » (E. de Gibardin, Voyages dans les mauvaises terres du jXe-oraska.)